HISTOIRE DE PARIS
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à son ordinaire, consentit à tout; et, le 13 décembre suivant, Charles-le-Mau-vais, content de ce succès, se rendit en Normandie .
On ne croyait guère à la sincérité du dauphin. Il eut l’imprudence, après ledépart du roi de Navarre de faire une levée de troupes, sous prétexte de pro-téger Paris contre les brigands qui désolaient les environs de cette ville; lesParisiens en furent alarmés; les soupçons se fortifièrent, et Marcel, plus animéque jamais, prit de nouvelles mesures de sûreté. 11 imagina de barricader lesrues, en les faisant traverser par une lourde chaîne fortement attachée auxmurs des maisons qui formaient l’entrée de chaque rue. Il fit adopter aux Pari-siens des signes de ralliement, qui consistaient en un chaperon mi-parti de vertet de rouge, et en une agrafe d’argent, émaillée de vermeil et d’azur, portantcette inscription : A bonne fin. Ces signes ne furent d’aucune utilité, parce que,par zèle ou par peur, tous les habitants les portèrent. Instruit de la fermenta-tion populaire, le dauphin assembla les Parisiens aux halles, y prononça un dis-cours pour justifier sa conduite et parut satisfaire son auditoire. Le lendemain,dans l’église Saint-Jacques-de-l’Hôpital, le prévôt des marchands à son tourconvoqua le peuple, le harangua avec véhémence, et maîtrisa l’esprit des assis-tants. Le dauphin, instruit de ce succès, accourut à l’église Saint-Jacques avecson chancelier, qui parla pour lui; mais la prévention était forte : le prince etson orateur furent obligés de se retirer. Alors un échevin, nommé Toussac,prit la parole, justifia la conduite du prévôt des marchands, et déclama avectant de force contre le dauphin et son conseil, que le peuple était disposé à seporter contre eux aux dernières extrémités. Lejeune dauphin donnait prise àces déclamations. Il ne tenait aucune de ses promesses. Le roi de Navarre, pi-qué de sa conduite, lui déclara la guerre; c’est ce que redoutaient les Parisiens,et ce qui les irrita le plus contre ceux qui dirigeaient le jeune prince.
Chaque jour Paris offrait quelques scènes violentes; ceux que le peuple soup-çonnait du parti de la cour recevaient des insultes et des coups. Le 22 février1358, Marcel rassemble sur la place Saint-Éloi, près du Palais, environ troismille Parisiens armés, pénètre avec une partie de cette force dans la chambredu dauphin, et, en présence même de ce prince, fait poignarder Robert de Cler-mont, maréchal de Normandie , et Jean de Conflans, maréchal de Champagne .Le dauphin, effrayé, demande à Marcel si l’on en veut à sa vie. Ne craignezrien, Monseigneur, répondit-il; mais, pour plus grande sûreté, prenez mon chape-ron. Ce prince se coiffe du signe de ralliement de ses ennemis, et Marcel du cha-peron du prince, chaperon broché en or, qu’il porta pendant tout le jour commeun trophée de sa victoire.
Paris devient le théâtre de plusieurs autres scènes violentes. Un avocat duconseil du roi est assassiné près de Saint-Landri par le peuple. Les habitantss’attroupent et Marcel, du haut d’une fenêtre de l’Hôtel-de-Ville, les harangueet les apaise. Le dauphin approuve tous les actes de Marcel ; et celui-ci, pourlui en témoigner sa reconnaissance, lui envoie deux pièces de drap, l’une rougeet l’autre bleue, afin qu’il en fit faire des chaperons pour les gens de sa cour.
Le 25 mars 1358, le dauphin Charles quitta furtivement Paris . Aussitôt le roide Navarre, appelé dans cette ville, y fut proclamé capitaine et gouverneur.