SOUS PHILIPPE IV A CHARLES V . 22.3
On a vu dans le récit des orages politiques qui se manifestèrent à Paris pen-dant la prison du roi Jean, que l’usage du couvre-feu était établi dans cetteville. Cette loi gênante, qui assujettissait les Parisiens à des règles à peu prèsmonastiques, fut sans doute établie pour prévenir de grands désordres. A huitheures du soir, en toute saison, au son de la cloche de Notre-Dame , tous lesfeux, toutes les lumières devaient s’éteindre. Sauvai ajoute, d’après le Livre-Vert du Châtelet , qu’au son de la même cloche, toutes les femmes publiquesétait tenues de sortir des lieux affectés à leurs débauches.
Une pièce de vers, intitulée les Crieries cle Paris , composée par Guillaume dela Ville-Neuve, contient, sur les mœurs et usages des habitants, des traits di-gnes d'être recueillis. Chaque jour, depuis le matin jusqu’au soir, des crieursparcouraient les rues de Paris , dit notre auteur, et ne cessaient de braire. Degrand matin on entendait ceux qui venaient inviter les Parisiens à se bai-gner; ils annonçaient que le bain était chaud, qu’il fallait se hâter. QuelquesPersonnes étaient-elles décédées, un homme, vêtu de noir, armé de sa son-nette, faisait retentir les rues de ses sons lugubres, et disait : Priez Dieu pourles trépassés. Quelquefois on criait le ban du roi .-c’était un ordre donné auxParisiens de se préparer à marcher à la guerre. Les crieurs de comestibles, vo •lailles, légumes, fruits, étaient les plus nombreux. Parmi les poissons de merfiguraient le hareng frais, le hareng saur, le vivet ou la vive, le merlan fraise t salé, et un oiseau de mer appelé l’alète. Le poisson d’eau douce se bornaita celui qu’on pêchait dans les étangs de Rondi. On criait aussi la volaille, sur-tout les oisons et les pigeons. On vendait dans les rues de la chair fraîche et dela chair salée, des œufs et du miel. Les légumes consistaient en ail, et en sauced’ail appelée aillie; en purée de pois toute chaude, en pois fricassés, en cressone t en cresson alenois, en fèves chaudes et en fèves qui se mesuraient à Uécuelle;en oignons, cerfeuil, pourpier, poirette, poireaux, navets, anis, échalotes d’É-tampes. Les fruiLs criés dans les rues de Paris n’auraient pas aujourd’huigrande faveur : telles étaient des poires de Chaillou ou Caillot , des poiresde Ilartiveau, des poires de Saint-IUeul, des poires d'Angoisse, la plupart con-nues par leur àcreté; des pommes de Rouviau ou de Calville, des pommesr °uges dites Blanduriau j un fruit d'Auvergne appelé jorroisses, aujourd’hui, ja-rosse, ou graine de la gesse chiche qu’on fait griller pour la manger, et des cor-nilles ou cormes, fruit du cormier; des alizés, une variété de ce dernier fruit;des prunelles de haies, des nèfles, des fruits d'églantier. Nos aïeux n’étaient pasdélicats. On criait aussi des noix fraîches, des cerneaux, des châtaignes de Lom-bardie , des raisins de Mélite ou de Malte. —Les boissons criées dans les rues de1 aris consistaient en vins dont le plus cher s’élevait jusqu’à trente-deux deniersla pinte, ou plutôt la quarte, environ trois sous, et le moins cher à six deniers.Ou criait aussi du vinaigre, et du vinaigre à la moutarde, du verjus et de l’huilede noix. — Des aliments préparés et des pâtisseries étaient pareillement criésdans les rues; des pâtés chauds, des gâteaux, des galettes, des échaudés, desHans, des oublies renforcées, des gâteaux à fèves, des tartes, des siminaux , es-pece de pâtisserie. On criait aussi des roinsoles ou couennes de cochon grillées.
Des ouvriers encore offraient, en criant, leur service pour raccommoder,