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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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SOÜS HENRI III.

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fini par le détrôner. Le roi dEspagne , le pape et les Guise lavaient ainsi résolu.Voici les établissements qui se formèrent à Paris pendant ce triste règne.capucins, communauté de religieux située rue Saint-Honoré. La sanguinairefaction des cours de Rome et d'Espagne , alarmée des progrès du protestantisme,renforça en France sa milice prêchante et confessante. Les jésuites vinrent lespremiers; les capucins suivirent. Les jésuites étaient, à ce quil paraît, chargésdexploiter les consciences des gens de la cour et autres hommes puissants ; auxtalents des capucins étaient abandonnés les gens du bas étage.

Le cardinal de Lorraine avait amené dItalie en France quatre frères mineurs ;et les avait établis, en 1564, dans son parc de Meudon . Mais après sa mort, cesmoines étaient retournés dans leur patrie. En 1574, il se forma, au village del'iepus, un couvent de ces frères mineurs, nommés capucins, à cause de la formepointue de leurs capuchons. Bientôt après, arriva de Venise en France le frèrePacifique , qui, en qualité de commissaire général de son ordre, réunit auxcapucins de Picpus douze autres moines de la môme espèce, quil avait recrutésen Italie , et les établit tous dans un emplacement que leur donna Catherine de Médicis , au faubourg Saint-Honoré. De toutes les capucinières de France , cellede la rue Saint-Honoré était la plus vaste et la plus considérable. On y comptaitjusquà cent ou cent vingt religieux, qui se montrèrent, sinon les plus subtils ,du moins les plus zélés défenseurs des intérêts de la cour de Rome.

Deux capucins fameux habitèrent ce couvent, et furent enterrés dans soncglise : Henri, duc de Joyeuse, dit le père Ange, et Joseph-le-Clerc, fameux sousle nom du père Joseph. Après avoir perdu sa femme, morte par un excès dedévotion, le duc de Joyeuse, de désespoir, se fit capucin. Dans la suite deuxde ses frères furent tués à la bataille de Coutras et un troisième se noya dans leParu. Ces événements déterminèrent le père Ange à quitter le froc pour repren-dre le casque. De capucin quil était, il redevint militaire, fit la guerre au roiHenri IV ; et, lorsque ce prince fut monté sur le trône, il lui vendit bassements a soumission au prix du titre de maréchal de France.

Auprès de la tombe de cet homme inconstant, était celle du terrible frèreJoseph, qui fut peut-être le plus intrigant, le plus audacieux des moines. Fé-cond en ressources, le père Joseph fortifia par ses conseils le cardinal de Riche-lieu dans sa marche ambitieuse; le seconda par ses sourdes menées, par sonespionnage, tendant, dans tous ses projets, à la destruction de ses ennemis et à1 affermissement de son pouvoir absolu. On a même écrit que le génie du capucinMaîtrisait souvent la politique du cardinal.

On voit dans un mémoire du temps, que le couvent de ces Capucins consoin-Mart par semaine douze cents livres de pain, de la viande, du vin, du bois àproportion, et quatre quêteurs couraient tous les jours les rues de Paris pourMettre les habitants à contribution.

Par un décret du 30 juillet 1790, lassemblée nationale établit ses bureauxdans les bâtiments des capucins. Dès que lon put parcourir les diverses par-ties de ce couvent, on découvrit, dans un lieu secret, de ces cachots appelésautrefois oubliettes ou in pace. Aux deux angles dune pièce demi-souterraine,°n voyait deux espèces de cachots, séparés lun de lautre par un intervalle

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