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HISTOIRE UE PARIS
se pourvurent au parlement : ils remontrèrent que , si on ne leur permettaitpoint le parachèvement de ce jeu , ils seraient dans l’impuissance de payer descréanciers qui les poursuivaient et les contributions extraordinaires auxquellesils étaient imposés pour les fortifications de la ville. Le parlement les autorisaprovisoirement à continuer la représentation de Huon de Bordeaux.
René Benoît, curé de Saint-Eustache , auteur de plusieurs pamphlets fanati-ques , dès l’an 1570, vécut longtemps en mauvaise intelligence avec ses parois-siens, les doyens et maîtres de la passion de notre Sauveur : il suscita contre euxles commissaires du Châtelet, qui leur firent défense d’ouvrir les portes deleur théâtre avant que les vêpres fussent achevées. Le 5 novembre 1574, lesmaîtres de la Passion présentèrent une requête au parlement, dans laquelle ilsse plaignaient de l’animosité de ce curé et de l’injustice du réglement qui ren-daient leurs privilèges illusoires et sans effet. « Il serait impossible, disaient-ils,» étant les jours courts, vaquera leurs jeux , pour les préparatifs desquels ils» auroient fait beaucoup de frais, outre la somme de cent écus de rente qu’ils» payent à la recette du roi pour le logis, et trois cents livres tournois de rente» qu’ils baillent aux enfants de la Trinité , tant pour le service divin et autres» nécessités pour les pauvres. » Ils demandent la permission d’ouvrir leur théâtreà trois heures après midi, comme à l’ordinaire , heure à laquelle les vêpres doiventêtre dites. La cour leur accorde leur demande.
Un catholique zélé, qui composa, en 1588, des remontrances au roi Henri II ,sur les désordres du royaume, fait dans cet ouvrage un tableau peu avantageuxdu spectacle de l’hôtel de Bourgogne. Il s’y récrie contre les jeux et spectaclespublics qui se donnent les jours de fêtes et dimanches; contre le théâtre Italienet contre celui des Français , qu’il qualifie de « cloaque et maison de Satlian ,» nommée Y hôtel de Bourgogne , dont les acteurs se disent abusivement confrères» de la Passion de Jésus-Christ . En ce lieu, continue-t-il, se donnent mille assi-» gnations scandaleuses, au préjudice de l’honnêteté et pudicité des femmes,» et à la ruine des familles des pauvres artisans, desquels la salle basse ( le» parterre) est toute pleine , et lesquels, plus de deux heures avant le jeu, pas-» sent leur temps en devis (paroles) impudiques, jeux de cartes et de dés, en» gourmandises et ivrognerie, tout publiquement, d’où viennent plusieurs que-» relies et batteries. » Notre auteur parle ensuite de ce qui se passe sur la scène.— « Sur l’échafaud (le théâtre), l’on y dresse des autels chargés de croix et orne-» ments ecclésiastiques; l’on y représente des prêtres revêtus de surplis, même» aux farces impudiques , pour faire mariages de risées. L’on y lit le texte de» l’Évangile en chants ecclésiastiques, pour, par occasion , y rencontrer un mot» à plaisir qui sert au jeu ; et au surplus, il n’y a farce qui ne soit orde, sale et» vilaine, au scandale de la jeunesse qui y assiste... Telle impiété est entretenue» des deniers d’une confrérie, qui devraient être employés à la nourriture des» pauvres. » L’auteur, enfin, reproche à Henri III d’avoir accordé des lettrespatentes qui permettent la continuation de ce spectacle , ordonné au parlementde les enregistrer, et au prévôt de Paris d’en surveiller l’exécution.
théâtre italien. Un nommé Albert Ganasse vint en 1570 à Paris , et y éta-blit un théâtre où , sans être autorisé par le parlement, il jouait, avec ses com-