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pagnons, des comédies et même des tragédies. Le procureur général s’en plai-gnit , et se récria surtout de ce que ce chef de troupe exigeait quatre, cinq , etjusqu’à six sous par personne, sommes excessives et non accoutumées. Chaqueplace ne coûtait alors que deux sous. Ganasse obtint du roi des lettres patentesqui autorisaient son spectacle : le parlement ajourna l’enregistrement de ceslettres. On ignore la destinée ultérieure de cette troupe.
L’année suivante, Henri III fit venir de Venise à Blois des comédiens italiensappelés gli Gelosi : quelques partis protestants les firent prisonniers en route. Ceroi solda généreusement leur rançon, et leur permit de jouer leurs farces dansla salle même des États, et de se faire payer un demi-teston par chaque specta-teur. — De Blois ils se rendirent à Paris , où ils établirent leur théâtre à l’hôtelde Bourbon, près du Louvre. L’ouverture en fut faite le dimanche 19mai 1577 :ils prenaient quatre sous par tête. « Il y avait tel concours, dit l’Estoile, que» les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n’en avaient tous emsemble autant» quand ils prêchaient. » Le parlement ordonna, le 22 juin suivant, aux Geloside cesser leur jeu, parce que, dit le même écrivain, ces comédies n’ensei-gnaient que paillardises. Alors les Gelosi obtinrent des lettres patentes du roi,qui autorisaient leur spectacle ; mais le parlement refusa de les enregistrer, etleur fit défense, par arrêt du 27 juillet 1577, d’obtenir ni de présenter à la courde pareilles lettres, sous peine de dix mille livres d’amende. Cette défense mena-çante n’empêcha point ces comédiens de rouvrir leur théâtre. Au mois de sep-tembre suivant, en vertu d’une jussion expresse du roi, ils continuèrent leursreprésentations à l’hôtel Bourbon.
On vit de temps en temps, à Paris , quelques troupes nouvelles qui essayèrentde s’y établir ; mais, repoussées par les privilèges des doyens et maîtres de laPassion, privilèges toujours fortement respectés par le parlement, elles n’eurentqu’une existence temporaire. Tel fut le sort des comédiens qui s’établirent àl’hôtel de l’abbé de Cluni, rue des Mathurins, et dont, le 6 octobre 1584, lethéâtre fut fermé par ordre de cette cour.
Cependant la scène française commençait à prendre un caractère de dignitéqu’elle n’avait jamais eu. Le pape Léon X avait mis à Rome les tragédies env °gue. Le cardinal de Ferrare , archevêque de Lyon , fit construire une salle danscelte dernière ville, et dépensa plus de dix mille écus pour y faire représenterune tragi-comédie. Il fit venir d’Italie des comédiens et comédiennes pour lajouer. Puis on vit paraître successivement la Soplonisbe de Saint-Gelais , et laCléopâtre et la Didon de Jodelle. productions très-imparfaites, quoique très-applaudies, mais qui furent, à Paris , les premiers accents de la muse tragique.Pans la suite, et durant la même période, Gabriel Bounyn fit jouer, en 1560, saSoltane; Jean de La Péruse , sa Médée, qui lui mérita, de la part de Jacques Tahureau , le titre de premier tragique de France , etc.
Pendant la captivité de François I er on s’occupa beaucoup des fortifications deParis . En 1525, on fit abattre ou raser une partie des voieries ou monticules