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HISTOIRE DE PARIS
» dames ; et l’autre, pour y avoir appelé, installé et arresté si grande affluence de» gens d’église. » Brantôme justifie l’introduction des dames à la cour, en disantqu’elles n’étaient pas comme celles qu’Héliogabale réunit dans son palais, àRome , mais des dames de maisons , des demoiselles de réputation-, a que si elles» favorisaient quelquefois leurs amants et serviteurs, le roi n’en pouvait être» blasmé. Je voudrais savoir qu’estoit-il plus louable au roi, ou de recevoir une» si honneste troupe de dames et damoiselles en sa cour, ou bien de suivre les» erres (les usages ) des anciens rois du temps passé, qui admettaient tant de
» p.ordinairement en leur suite, desquels le roi des ribauds .avait charge
» et soin de leur faire despartir quartier et logis ; et là commander de leur faire» justice, si on leur faisait quelques torts. »
Le langage, à la cour magnifique de François I er , correspondait aux mœursdes princes et des courtisans. On y parlait comme parle Rabelais dans son Gar-gantua et dans son Pantagruel , comme Brantôme dans ses Dames galantes , etc.,écrivains qu’aujourd’hui on ne peut plus lire en bonne compagnie. On jurait àcette cour comme on jure dans les cabarets : chaque roi, chaque grand seigneuravait son juron habituel (1).
La cour de France, sous les règnes des autres Valois, fut à peu près la mêmeque sous François I er . Son fils, Henri II , dominé par sa maîtresse, Diane de Poitiers , paraît avoir été un peu contraint dans ses débauches par cette femmehautaine. Celle-ci, excitée par le cardinal de Lorraine , qui avait, dit-on , part àses bonnes grâces, poussa Henri II à persécuter les protestants, dont il fit brûlervifs un très-grand nombre, pendant tout le cours de son règne. Ces cruautéscatholiques n’empêchèrent pas le libertinage d’être en vogue à la cour; on s’ylivrait sans pudeur ; et Brantôme est notre garant. Sous Charles IX , on poussaencore plus loin le catholicisme et la débauche : on fit les massacres de la Saint-Barthélemi, et Catherine de Médicis prostituait les honnestes dames et damoi-selles de la cour, et les faisait servir à sa politique. Leurs charmes étaient despièges que cette reine tendait aux princes et seigneurs qu’elle voulait tromper,ou attacher à ses intérêts.
Ce fut au milieu de cette corruption que François I " finit ses jours, que vécu-rent Henri II , Charles IX , Henri III ; mais ce dernier roi se distingua de sesprédécesseurs par ses goûts efféminés, et surtout par ses débauches ultramon-taines. Son règne fut celui des mignons. L’infamie qu’avaient encourue les dameset les jeunes filles de la cour s’étendit, pendant ce dernier règne, sur les jeunescourtisans, qui, plus méprisables qu’elles, se livraient avec leur maître aux plusdégoûtants excès du libertinage.
Les rois de France de la branche des Valois corrompirent jusqu’aux beaux-arts, qu’ils rendirent complices de leurs dépravations. Plusieurs maisons royalesétaient ornées de tableaux, de peintures, de tapisseries et de sculptures, qui
(1) Brantôme nous a conservé, dans ces quatre vers, les jurons de quatre rois : (Discours 45, t. v.
p. 181.)
Quand la Pasque-Dieu décéda, Louis XI . Le Diable m’emporte s'en tint près, Louis XII ,
Par-le-jour-Dieu lui succéda,.Charles VT IL Foi de gentilhomme vint après. François I er .
Charles IX jurait par le Sang dieu, par la Mortdieu ; tous ses successeurs ont juré ; et Louis XIV dans sa jeunesse jurait encore; mais il eu eut honte et se corrigea de cette habitude.