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présentaient des scènes alarmantes pour la pudeur des uns, et propres à enflam-mer les désirs des autres. Le château de Fontainebleau était rempli de ces ob-jets indécents. « On y voit, dit Sauvel, des dieux , des hommes, des femmes , et» des déesses qui outragent la nature, et se plongent dans les dissolutions les» plus monstrueuses. » Il ajoute qu’en 16â3, Anne d’Autriche , à son avènementà la régence , fit brûler de ces peintures ou effacer de ces sculptures pour plusde 100,000 écus; il parle d’un tableau de Michel-Ange , que François I er avaitacheté du duc de Ferrare , représentant Léda, dont la passion était si chaude-ment exprimée, que l’intendant des bâtiments, Sublet des Noyers, le voyant àFontainebleau , en fut scandalisé, et le fit brûler.
Si l’on jette un coup d’œil sur les talents, la conduite et le caractère des hommesqui ont partagé l’autorité et figuré avec le plus de distinction dans les évé-nements de cette période, on est tout étonné de les voir plongés dans laplus profonde ignorance. Une cuisinière d’aujourd’hui rougirait d’écrire lefrançais avec des fautes d’orthographe aussi grossières que celles que l’ontrouve dans un billet de la main du duc de Guise. Il écrit à M. de Connor, aprèss’être emparé de quelques fortifications de la ville d’Orléans : « Mon bon homme,» je me mange les dois de panser que, si j’eusse heu vi quanons pour en tirer» deux mille coups, ceste ville étoit à nous. Us n’avoient qu’ung seul parapet qui» vaille... Ils n’ont pas quatre cans soldas bons... Je ne puis fere mieux que» de essaier de gagner le pont, qui couppent ; ce qui m’est mallezé, etc. »Charles de Cossé , comte deBrissac, maréchal de France, ne pouvait qu’avecpeine former les lettres de sa signature. Le connétable Anne de Montmorency ,un des premiers hommes de la France par ses fonctions, ses richesses et sanaissance, était dépourvu de toute espèce d’instruction : il ne savait ni lire niécrire, et signait ses dépêches avec une marque. Enfin les ambassadeurs qui,en 1578, vinrent à Paris offrir au duc d’Anjou la couronne de Pologne , neParlaient que le polonais, le latin et l’italien ; le roi fit venir exprès d’AuvergneAntoine d’Allègre, baron de Milau , le seul seigneur qui sût la langue latine.Pour répondre au discours latin que ces ambassadeurs adressèrent à la reine ,°u eut recours à une femme savante de cette époque , à la duchesse de Retz ,fiui répondit pour la reine.
Si l’on excepte les principaux chefs du parti protestant, qui avaient reçu unee ducation soignée, on trouve parmi la noblesse de cette période beaucoupd ignorance, de superstitions, et tous les vices de la féodalité. La conversationdes courtisans ne roulait ordinairement que sur des anecdotes peu favorablesa l’honneur des dames, sur les bonnes fortunes obtenues auprès d’elles, surdes combats, sur le jeu, sur les chiens, les chevaux et les habits. Ce dernierarticle était en grande considération. Voyez comment Brantôme , courtisan raf-finé , s’extasie devant ces robes rouges des cardinaux, ces étoffes d'argent, d’or,surchargées de perles et de diamants, qui composaient, dans les circonstanceséclatantes , les vêtements des hommes et des femmes de la cour. Rien ne luiparait plus digne d’admiralion que ces futilités que la raison dédaigne, et quitiennent lieu de mérite à ceux qui n’en ont aucun.
Uaus la période qui nous occupe, le clergé marchait sur les traces de la