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SOUS LA DOMINATION DE LA LIGUE,arrachant celle de ce roi, et que ce frère était venu le supplier de trouver unmoyen d’approcher de la personne de ce prince. On discuta longuement surcette proposition, qui finit par être acceptée.
Le soir du lundi 31 juillet, le jeune moine arrive à Saint-Cloud , y couche, etle lendemain se présente devant le logis de Henri III . Les gardes lui refusentle passage : il insiste; le bruit de cette altercation parvient jusqu’aux oreilles duroi : Laissez-le approcher, dit-il, on diroit que je chasse les moines et ne veux pasles voir. Henri III était alors placé sur le siège de sa garde-robe. Jacques Clément s’approche, lui présente les lettres dont il était porteur; et, pendant que ce roien prend lecture, le moine sort de sa manche un grand couteau, et le lui plongedans le bas-ventre. Le couteau reste dans la plaie ; le roi l’arrache avec effort,en frappe l’assassin au visage, et s’écrie : Ah! le méchant moine ! il m’a tué, qu’onle tue! Les gardes accourent, frappent à l’envi le moine, qui meurt sous leurscoups redoublés. Le lendemain 2 août, le roi expire. Dès lors, le roi de Navarre,héritier du trône, prend le titre de roi de France et le nom de Henri IV .
A la nouvelle de la mort de Henri III , les ligueurs de Paris font éclater unejoie extravagante et féroce. La duchesse de Monlpensier embrasse avec trans-port le messager qui l’instruit de cet assassinat. Ah! mon ami, s’écrie-t-elle :ôtais est-il bien vrai au moins? Ce méchant, ce perfide, ce tyran est-il bien mort?Dieu ! que vous me faites aise ! je ne suis marrie que d’une chose, c’est qu’il n’aitsu > avant de mourir, que c’est moi qui l’ai fait faire. Aussitôt elle parcourt lesrues de Paris avec la duchesse de Nemours , en criant : Bonne nouvelle, mesamis, bonne nouvelle! le tyran est mort; il n’y a plus de Henri de Valois . Elley cut que le deuil de cette mort soit porté en vert, et distribue un grand nombred écharpes de cette couleur. La duchesse de Nemours se rend dans l’église desCordeliers, monte sur les marches du principal autel, et harangue le peuple, envomissant un torrent d’injures contre le roi assassiné. On alluma dans les ruesde Paris plusieurs feux de joie. Les prêtres publièrent plusieurs écrits apolo-gétiques de l’action de Jacques Clément , firent graver en plusieurs formats lePortrait de ce moine assassiné, le placèrent sur les autels; enfin ils l’honorèrentcomme un saint, comme un martyr.
Henri IV , après divers exploits, vint, le 31 octobre suivant, mettre le siègedevant Paris . Sully, le duc d’Aumont et Chàtillon attaquèrent le faubourg Saint-Cerniain. Dans une rue voisine de la foire de ce nom, ils cernèrent une troupede Parisiens ; et, dans un espace d’environ deux cents pas, ils en tuèrent plusde quatre cents. Je suis las de frapper, dit Sully, je ne saurais plus tuer gens qui,le se défendent point. Les troupes du roi se mirent alors à piller les maisons,et Sully eut pour sa part du pillage deux ou (rois mille écus. Puis, quelquessei gneurs de cette armée s’avancèrent vers la porte de Nesles, qu’ils trouvèrentouverte; quinze ou vingt pénétrèrent dans la ville, jusqu’en face du pont Neuf ;oaais bientôt survint une troupe nombreuse qui les força de se retirer.
Ce 8 mai 1590 mourut dans sa prison, à Fontenay, Charles, cardinal de Bour-l J °n, que, dès le 5 août 1589, les ligueurs avaient proclamé roi de France , sousle nom de Charles X . Cette mort désappointa le duc de Mayenne , qui ne savaitPlus quelle couleur donner à son autorité, sur quel titre l’appuyer, sous quels