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HISTOIRE DE PARIS
noms seraient promulgués les actes publics, ni quel fantôme de roi il pourraitsubstituer à ce bonhomme qui n’avait régné qu’en'prison : d’autre part, il crai-gnait que Henri IV ne se fit catholique.
Cette crainte et l’armée de ce roi qui s’avançait pour faire le siège de Paris déterminèrent la Sorbonne à rendre, le 7 mai 1590, un décret dont voici lasubstance. Après avoir célébré la messe du Saint-Esprit, elle déclara : — Qu’il estdéfendu aux caiholiques de recevoir pour roi un hérétique. — Que si ce roiobtient son absolution et se fait catholique, il doit être exclu, parce qu’il peuty avoir feintise et perfidie dans sa conversion. — Quiconque favorise un tel roiest hérétique, et doit être puni comme tel. — Ainsi les François sont tenus enconscience de s’opposer de tout leur pouvoir à ce que Henri de Bourbon , héré-tique, fauteur d’hérésie, ennemi de l’Eglise, relaps, excommunié, parvienne augouvernement du royaume, quand même il scroit absous par le pape.
Le soir du même jour où ce décret fut rendu, l’armée du roi s’empara simul-tanément et dans l’espace de deux heures de tous les faubourgs de Paris , brûlatous les moulins des environs. Le roi, s’il eût été mieux secondé, aurait alors puprendre Paris . Il se borna à bloquer la capitale de son futur royaume, et à s’em-parer de la ville de Mantes , où il attendit les secours qui lui venaient d’Angleterre.Les Parisiens profitèrent du séjour du roi en cette ville, pour faire à la hâte lesprovisions les plus urgentes.
Le 11 mai, par ordre du duc de Nemours, que les Parisiens venaient d’éliregouverneur de Paris , on s’occupa des fortifications de cette ville. L’Estoile, enparlant de ces travaux, nous offre, sans y penser, une image assez fidèle del’état des différentes classes de la société en France . Les bourgeois travaillaient,les seigneurs allaient les voir travailler, et les prédicateurs les exhortaient àl’ouvrage.
Le 13 mai, d’après un recensement ordonné par le prévôt des marchands, ilfut reconnu qu’il existait dans Paris deux cent mille personnes, du blé pourles nourrir un mois, et quinze cents muids d’avoine dont on fit du pain. On choisit,en même temps, certains boulangers dans chaque quartier, auxquels on distri-buait de temps en temps du blé, à raison de quatre écus le setier, pour ensuiteen faire du pain et le vendre aux pauvres. Chaque jour se faisaient à Paris plu-sieurs processions, et surtout des sermons. C’était un spectacle qui trompait unpeu le malaise du peuple, et qui, lui donnant des espérances, l’empêchait dese livrer à la sédition. Les prédicateurs, en effet, ne cessaient d’entretenir leurauditoire de la prochaine arrivée du duc de Mayenne , qui devait délivrer Paris des ennemis et y ramener l’abondance : ils imaginèrent de fabriquer et de liredans leurs chaires de prétendues lettres de ce duc, lesquelles contenaient l’as-surance de sa marche vers cette ville avec de puissants secours. On nommaitcette manière de donner des espérances : prescher par billets.
Le chevalier d’Aumale, renommé par son courage, ses pillages, ses débau-ches, ses profanations et son catholicisme, fit, le 14 mai 1590 , une sortie, etforça les ennemis d’abandonner l’abbaye Saint-Antoine : ses soldats pillèrent lecouvent des religieuses, s’emparèrent des vases sacrés et de tous les ornementsde l’église. On prêta de nouveau le serment de mourir plutôt que de se rendre.