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SüUS LA DOMINATION DE LA LILLE .
Le 1 er juin, on fit une autre sortie du côté du faubourg Saint-Marceau : les enne-mis furent forcés de se retirer vers Juvisy . Le 3 juin on fit une revue de toutesles forces que pouvaient fournir les prêtres, les moines et les écoliers : « Roze,
» évêque de Senlis , marchoità la tête comme commandant et premier capitaine,
» suivi des ecclésiastiques, allant de quatre en quatre; après, venoit le prieur» des Feuillants avec ses religieux; puis les quatre ordres mendiants, les capu-» cins, les minimes, entre lesquels il y avoit des rangs d’écoliers. Les chefs des» différents religieux portoient chacun d’une main un crucifix, et de l’autre une» hallebarde; et les autres des arquebuses, des pertuisanes, des dagues et autres» diverses espèces d’armes, que leurs voisins leur avoient prêtées. Ils avoient» tous leurs robes retroussées et leurs capuchons abattus sur leurs épaules.» Plusieurs portoient des casques, des corselets et des pétrinals. Hamilton,» écossois de nation, curé de Saint-Cosme, faisoit l’office de sergent, et les ran-» geoit, tantôt les arrêtant pour chanter des hymnes, et tantôt les faisant mar-» cher : quelquefois il les faisoit tirer de leurs mousquets.
» Tout le monde accourut à ce spectacle nouveau, qui représentoit, à ce que» les zélés disoient, l’Église militante. Le légat y accourut aussi, et approuva» par sa présence une monstre (revue) si extraordinaire, et en même temps si» risible; mais il arriva qu’un de ces nouveaux soldats, qui ne savoit pas sans» doute que son arquebuse élo't chargée à balle, voulut saluer le légat, qui étoit« dans son carrosse avec Panigarole, le jésuite Bellarmin et autres Italiens, tira» dessus, et tua un de ces ecclésiastiques, qui étoit son aumônier ; ce qui fit que8 le légat s’en retourna au plus vite , pendant que le peuple crioit tout haut que» cet aumônier avait été fortuné d’être tué dans une si sainte action. »
On fit des sorties, des sermons, des processions et quelques revues pareilles àcelles dont je viens de parler ; expédients qui n'amenaient pas l’abondance. Ladisette faisait des progrès effrayants, et les gouvernants ne laissaient pas même àceux qui en souffraient la consolation de se plaindre et de réclamer un sortmeilleur. Plusieurs bourgeois, pour avoir dit qu’il serait utile de faire la paix,furent les uns pendns, les autres jetés à la Seine .
Le 13 juin, le peuple de Paris , poussé par la faim, ou poussé par le parti ducoi de Navarre, appelé parti Apolitiques, s’attroupa, et demanda à grandscris, la paix ou du pain. Le 15 de ce mois, le parlement fit défense expresse deparler de paix ou de trêve avec le roi, sous peine de mort. Malgré cette défense,ces cris furent encore répétés. Le 17 juin, un convoi de vivres, escorté par lesieur de Saint-Paul, entra heureusement dans Paris . Les riches s’approvision-nèrent; les pauvres ne purent faire de même. Dès le 20 juin, le pain leur man-quant entièrement, ou imagina de leur faire des bouillies avec du son d’avoine :cet aliment sans suc se vendait fort cher. — Le lendemain, on fit à Notre-Dame-de-Lorette le vœu d’une lampe et d’un navire d’argent, pesant trois cents marcs,pour déterminer cette madone à faire cesser le déplorable état de Paris . Cefuoyen n’amena point l’abondance. — On cherchait à distraire le peuple de sadisette insupportable par des sermons, où l’on annonçait toujours la prochainearrivée du duc de Mayenne avec des vivres, et par des processions journalières,°u les zélés cheminaient les pieds nus. Ces sermons et res processions ne
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