vingt augustins déchaussés, conduits par le P. Amet, vinrent occuper la maisondes frères de la Charité.
Cette princesse capricieuse avait plusieurs singularités dans le caractère :elle en manifesta dans cette fondation. Elle voulut que ce couvent portât lenom d 'Autel de Jacob, et la chapelle, celui de Chapelle des Louanges; que qua-torze frères, chargés de la desservir, chantassent jour et nuit, sans disconti-nuer, de deux à deux, en se relevant d’heure en heure, à la louange du Seigneur,des hymnes et cantiques sur des airs modernes qui leur seraient prescrits.Elle exigeait en outre que ces frères, chanteurs éternels, ne sortissent jamaisdu couvent, et n’eussent aucune communication avec les séculiers. En 1612,Marguerite de Valois se brouilla avec son confesseur, le P. Amet : elle le ren-voya avec ses augustins déchaussés, qui, disait-elle, ignoraient le plain-chant etchantaient fort mal. Elle fit, venir, pour les remplacer, des augustins chaussés dela réforme de Bourges . Ce changement fut approuvé par le pape.
On fut obligé, après la mort de Marguerite, de faire des quêtes pour fourniraux frais de la construction de l’église et du couvent de ces religieux. Anne d’Autriche , le 15 mai 1617, posa la première pierre de l’église, qui fut bâtiedans l’espace de deux ans. La construction du cloître et des autres bâtiments futcommencée deux ans après.
L’architecture de cet édifice n’avait rien de remarquable : une chapelle placéeà côté de l'église, recouverte par un dôme, offrit à Paris le premier exemple dece genre de toiture. Cette église et l’enclos qui en dépendait ont été utilementemployés pendant la révolution. La commission des monuments, en 1791, ar-rêta que tous les objets de l’art de la sculpture y seraient déposés. Ün en formaun musée, dit des monuments français , qui, pour la première fois, fut ouvertle 15 fructidor an III. J’en parlerai en son lieu. Enfin, c’est sur l’emplacementde ce couvent qu’on établit plus tard l’École des Beaux-Arts.
maison des frères de la charité, située rue des Saints-Pères, n° 45. Lesfrères de la Charité, éconduits par la reine Marguerite de Valois , vinrent s’éta-blir dans un lieu du voisinage,- où se trouvait une ancienne chapelle de Saint-Pierre, destinée aux domestiques et aux vassaux de l’abbaye Saint-Germain - des-Prés , et qui fut cédée, en 1611, à Saint-Sulpice. Les frères de la Charitéfurent d’abord autorisés à y célébrer l’office divin; puis, en 1659, ils en devinrentpropriétaires. Cette chapelle, située dans un lieu encore environné de jardins,fut démolie pour agrandir le cimetière de Saint-Germain. On en construisit unenouvelle, en 1613, dont la reine Marguerite posa la première pierre. Elle futconsacrée en 1621 et achevée en 1633 : c'est alors qu’on commença la construc-tion de son portail, sur les dessins de Cotte. On voyait dans cette église plu-sieurs tableaux de grands maîtres. La voûte, peinte à fresque par Philippe de Champagne , offrait l’effet merveilleux de la perspective d’un Christ peint surun plan horizontal, et qui semblait l’être sur une surface verticale.
Dans ce couvent, dont la règle était fort austère, se retira, en 1676, Louise-Erançoise de La Baume-le-Blanc, créée duchesse de La Vallière , maîtresse deLouis XIV . Désolée de voir ce monarque lui préférer madame de Montespan,elle prit la résolution violente de fuir le roi, la cour et le monde. Son dépit lui