359
moignages de la perversité humaine ou des rigueurs de la justice : des potences,des carcans, des piloris et des échelles. Pour inspirer la terreur, on a quelque-fois élevé des potences sur presque toutes les places de Paris . J’ai parlé despiloris. Les échelles où l’on attachait les condamnés, où on les fustigeait, et oùon leur lançait des injures et des pierres, étaient très-communes. Saint Louis enfit établir dans toutes les villes, pour y placer ceux qui proféraient le vilainserment. L’abbé de Saint-Magloire avait son échelle placée vis-à-vis de l’église Saint-Nicolas-des-Champs . Elle subsistait encore en 1548. L’évêque de Paris avait aussi son échelle dans la rue de l’Échelle, qui, de la rue Saint-Honoré, con-duit à celle de Rivoli . Enfin le grand-prieur du Temple avait fait établir, à l’extré-mité de la rue des Vieilles-Audriettes, une échelle qui n’a été détruite que versl’an 1780. Elle avait environ cinquante pieds de hauteur. Une autre échelle figu-rait au parvis de Notre-Dame, devant la façade de l’église cathédrale. C’est làqu’en 1344 fut hissé et chargé de chaînes Henri de Malestroit, diacre, frèrede Geoffroi de Malestroit, chevalier, décapité en l’année précédente. Henri deMalestroit, accusé de conspiration, étant à l’échelle, souffrit beaucoup de maux :on l’accabla d’injures, on lui jeta de la boue, et même des pierres qui le bles-sèrent jusqu’au sang; à la troisième exposition le patient expira. Les sergentsdu Châtelet, qui,. suivant les chroniques de France , étaient ministres du diable,commettaient ces actes de cruauté. Cependant les commissaires et l’official firentpublier qu’il n’était permis à chaque assistant de jeter sur le patient qu’une foisde la boue ou des pierres.
Choix. Divers carrefours, ou emplacements devant les églises, étaient ornésd’une croix. On en voyait aux Halles, près du pilori, au milieu de la place deGrève, au carrefour formé par les rues Coquillière, du Jour et d’Orléans. Dans larue Saint-Honoré, au bout de la rue de T Arbre-Sec, il. en était une célèbre sousle nom de Croix du Tiroir ou du Trahoir; à l’extrémité septentrionale de la rue desPetits-Champs était la Croix des-Petits-Champs, qui a donné son nom à celterue ; à la place Baudoyer on en voyait une autre.
Plusieurs rues et places doivent leur nom à la présence d’une croix : telles sontla rue de la Croix-Boissière, celles de Croix-Cadet, de la Croix-du-Roule, de laCroix-Neuve, de la Croix-Rouge , etc., Il existait des croix dans tous les cime-tières ; et chaque église, chaque communauté religieuse avait la sienne.
Lorsque Henri IV entra dans Paris , cette ville et ses environs étaient dans unétat déplorable. Voici le tableau qu’en fait un contemporain : « Il y avoit peu de« maisons entières et sans ruines ; elles étoient la plupart inhabitées, le pavé des» rues étoit à demi couvert d’herbes ; quant au dehors, les maisons des faubourgs« toutes rasées. Il n’y avoit quasi un seul village qui eût pierre sur pierre et des« campagnes toutes désertes et en friche. »
Le 15 mars 1597, dans le temps où Ton s’occupait de la reprise d’Amiens , leprévôt des marchands dit, dans l’assemblée de l’Hôtel-de-Ville, « que Paris est« dénué de toutes choses ; que les boulevards sont tombés, les fossés pleins et* remplis en plusieurs endroits, l’artillerie de l'arsenal enlevée, et celle qui étoit‘ à la ville baillée aux villes voisines... Pour pourvoir auxquels inconvénients,‘ faudrait des sommes immenses; mais il n’y a seulement moyen de fournir ce