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La ville était infestée de voleurs, d’assassins, et surtout de ces iilous quel’Estoile nomme coupe-bourses, tireurs de laine: ils coupaient, même en pleinjour, la bourse aux passants qui, suivant une vieille habitude d’ostentation, por-taient leur bourse pendue à leur ceinture; les tireurs de laine étaient ceux quiarrachaient les manteaux : on en punissait quelques-uns; mais ces exemples nepouvaient contenir dans le bon ordre sept à huit mille bandits de cette espèce quine vivaient que de vols et de meurtres et avaient une infinité de moyens pouréchapper aux archers, lesquels, mal payés, devenaient souvent leurs complices.Les bourgeois n’étaient en sûreté que dans leurs maisons, parce qu’ils y avaientdes armes : encore ne l’étaient-ils pas toujours. — En décembre 1605, des vo-leurs qu'on nommait barbets entraient en plein jour dans les maisons sous pré-texte d’affaires; puis, mettant le poignard sur la gorge des maîtres, ils les con-traignaient à leur livrer de l’argent : plusieurs magistrats de Paris furent ainsidépouillés. L’Estoile , qui rapporte ces faits, s’écrie: « Chose étrange ! de dire que» dans une ville de Paris se commettent avec impunité des voleries et brigandages» tout ainsi que dans une pleine forêt. »
Les Parisiens ne trouvaient nulle sûreté dans les rues, surtout pendant lanuit; aussi n’osaient-ils pas s’y hasarder : l’ordonnance de police que j’ai citée,qui prescrit aux comédiens de finir leurs spectacles en hiver à quatre heures etdemie du soir, en est une preuve. En outre, \es pages et laquais, les écoliers,tous armés et privilégiés, se battaient souvent entre eux, insultaient, maltrai-taient et quelquefois tuaient les habitants. Les monuments historiques et lejournal de l’Estoile offrent des preuves nombreuses de cet état continuel detrouble et de danger.
La peste, les famines, désolèrent plusieurs fois cette ville pendant cette période;et les mesures que les magistrats opposaient à ces fléaux étaient plus propres àen accroître les ravages qu’à les faire cesser.
état civil des protestants. Au mois de mars 1598, Henri IV , par son éditde Nantes , fixa le sort des protestants, et leur accorda, sous certaines conditions,le libre exercice de leur religion : ceux de Paris furent autorisés à construire untemple et à célébrer leur culte dans Ablon, village situé sur le bord de la Seine ,à quatre lieues de cette ville. Enfin, en 1606, on leur permit de se rapprocher deParis et d’établir leur culte à Charenton-Saint-Maurice.
Le dimanche, 27 août de cette année, on commença à y célébrer le culte pro-testant; le roi envoya des archers et un exempt des gardes pour contenir lepeuple, qui, toujours excité par les prêtres catholiques, ne cessait, par des atta-ques et des insultes, de troubler les protestants dans l’exercice de leur religion.Ce ne fut pas sans peine, dit l’Estoile, qui ajoute que, dans ce jour, l’assembléedes protestants était composée d’environ trois mille personnes.
population de paris . Dans l’espace de temps écoulé depuis le règne deCharles VII jusqu’à celui de Henri IV , la population ne paraît pas avoir éprouvébeaucoup d’augmentation Sous le premier de ces règnes, elle s’élevait à peu prèsà cent cinquante ou cent soixante mille âmes. Le prévôt des marchands, d’aprèsun recensement fait en mai 1590, porte le nombre des habitants de Paris à deuxcent mille. Ce compte rond fait soupçonner des inexactitudes. On a des données
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