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plus certaines sur le nombre des pauvres de cette ville. Un recensement, fait enjuin 1590, pendant le siège de Paris , offre pour résultat douze mille trois centspauvres qui n’avaient ni pain ni argent, et sept mille trois cents habitants quiavaient de l’argent sans avoir du pain.
Dans la composition de ce tableau, je suivrai ma méthode ordinaire : je com-mencerai par tracer les mœurs des hommes placés au rang le plus élevé, parcequ’elles servent toujours de modèle aux personnes des rangs inférieurs.
Les mœurs de la cour de France sous le règne de Henri IV , étaient moins cor-rompues que sous les règnes précédents. La galanterie de ce roi avait un carac-tère de franchise et de virilité que n’avaient pas les débauches infâmes deHenri III et de ses mignons. Catherine de Médicis , mère de ce dernier roi, con-duisait elle-même ses filles d’honneur à la prostitution, et en faisait des instru-ments de sa politique. Marie de Médicis , épouse de Henri IV , se montrait, aucontraire, très-sévère sur ce point. Toutefois, la passion de Henri IV pour lesfemmes est devenue pour ainsi dire proverbiale. Des nombreuses maîtresses dontl’histoire nous a conservé le nom, la plus célèbre fut Gabrielle d’Estrées . Il étaitsi épris de cette dame qu’il 11 e la quittait pas même dans les plus importantesaffaires de l'État ; il la menait avec lui dans les assemblées publiques, dans lesgrandes solennités; elle assistait, à ses côtés, dans les conseils; elle figura auprèsde ce roi dans l'assemblée des États, tenue à Rouen en 1596. It la baisait devanttout le monde, dit l’Estoile, et elle lui donnait des avis dans tous les conseils.
Une autre passion plus ruineuse que la première, peut-être plus funeste à lamorale, dominait encore Henri IV : il hasardait et perdait au jeu des sommes quiauraient suffi à soulager les pauvres de Paris , tourmentés par de fréquentesdisettes. Le dérangement dans les finances, les exactions des financiers, les éditsbursaux, furent les effets contagieux d’un vice dont le roi donnait l’exemple.
Ce règne était signalé par un autre vice qu’on ne doit point reprocher àHenri IV , puisqu’il tenta vigoureusement de l’abolir, mais qui provenait des habi-tudes des anciens Francs : je veux dire les duels que ces étrangers introduisirentdans la Gaule , que Louis IX et ses successeurs avaient constamment travaillé àdétruire, et qui commençaient à tomber en désuétude, lorsque Henri II eut ladétestable imprudence d’en faire renaître l’usage. Fortifiés par les principes d’unfaux honneur, les duels firent parmi la noblesse française , sous le règne deCharles IX et de Henri III , d’effrayants progrès, et dégénérèrent bientôt ena sassinats. Le derrière des murs des Chartreux, le moulin de Saint-Marceau etle Pré-aux-Clercs étaient les lieux ordinaires de ces barbares expéditions. On sebattait, on s’assassinait même dans les rues de Paris , en plein jour, jusque sousles yeux du roi, et presque toujours impunément.
Ces désordres s’accrurent par 1 impunité. Henri IV , effrayé de leurs ravages,demanda à Sully un mémoire sur l’origine des duels. Ce ministre lui en présentaun qui se trouve dans ses (Æconomies royales. On lit dans le journal de l’Estoile,qu’en mars 1607, « on donna avis au roi que depuis l’avénement de Sa Majesté à