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Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
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SOUS HENRI IV .

» la couronne on faisoit compte au moins de quatre mille gentilshommes tués en» ces misérables duels. » Un arrêt du parlement, du 16 juin 1599, porte : « Pour» raison des meurtres et homicides commis et perpétrés en duels, tant dans cette» ville quautres lieux, et pour obvier à la fréquence desdits meurtres et hômi-» cides, etc., les défend, sous peine de crime de lèze-majesté, contiscation de» corps et de biens, tant contre les vivants que les morts. » Un édit de 1602renouvelle ces défenses, et règle les formes de la procédure contre les duellistes.Cet arrêt et cet édit firent peu deffet ; mais un nouvel édit, du mois de juin 1609,portant contre les délinquants des peines plus rigoureuses, contint pour un tempsles effets de cette habitude féodale , qui, bientôt après la mort du roi, reprit soncours, et se manifesta avec plus de fureur que jamais.

La foire Saint-Germain, dont jai parlé, était à peu près alors ce quest aujour-dhui le Palais-Royal, un lieu de commerce, de plaisirs, et de plus un lieu decombats. Cette foire, très-profitable aux moines et abbés de Saint-Germain-des- Prés , devenait très-funeste à la morale publique. Après avoir été fermée pendantla Ligue, elle fut rouverte en 1595. «Pendant la foire Saint-Germain de cette» année (1605), dit lEstoile, le roi alloit ordinairement se pourmener, se com-» mirent à Paris des meurtres et excès infinis, procédant des débauches de la» foire, dans laquelle les pages, laquais, écoliers et soldats des gardes, firent des» insolences non accoutumées, se battant dedans et dehors, comme en petites» batailles rangées, sans quon y pût ou voulût donner autrement ordre : un» laquais coupa les deux oreilles à un écolier et les lui mit dans sa pochette, dont» les écoliers mutinés, se ruant sur tous les laquais quils rencontroient, en tuèrent» et blessèrent beaucoup. Un soldat des gardes ayant été attaqué desdits laquais» au sortir de la foire, et attéré par eux de coups de bilton sur les fossés de Saint-» Germain, sétant enfin relevé, en tua deux et les jeta tout morts dans les fossés,» puis sen alla et se sauva. Voilà comme les débauches, qui sont assez communes» en matière de foire, furent extraordinaires en icelle, laquelle néanmoins on» prolongea jusquà carême prenant. »

Les désordres que, dans cette foire, commettaient les pages et les laquais,étaient autorisés par lexemple des maîtres, par labsence presque totale dunepolice et par lespèce dimmunité dont jouissaient la plupart des hôtels desseigneurs auxquels ces pages appartenaient. Ces pages et laquais se multipliè-rent dans la suite dune manière effrayante. Pendant près dun siècle, les Pari-siens furent troublés, insultés, battus, pillés, et quelquefois tués par cette multi-tude de valets.

La foire Saint-Germain renfermait plusieurs académies de jeux, le roi, lesprinces, les seigneurs venaient risquer leur fortune, et souvent celle des autres.Un arrêt du parlement, du 30 janvier 1608, nous fait connaître les jeux auxquelson sy livrait : cette cour fait défense de jouer à la foire Saint-Germain aux cartes,(lez, quilles et tourniquets.

Ce nétait pas seulement à la foire Saint-Germain que se tenaient les jeux dehasard : le jour du carnaval on dressait le long du Ponl-au-Change des étaux surlesquels les amateurs venaient jouer aux dés. Cet usage fort ancien fut interrompuen mars lOüi. LEstoile dit que ceux dudit pont, étant interrogés sur cette sus-