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SOIS HENRI IY.
» quoi sont nos discours; ils sont de duels, où il se faut bien garder d’admirer» la valeur d’aucun, mais dire froidement : IL a ou il avoit quelque peu de cou-» rage; et puis, des bonnes fortunes envers les dames... Et puis, nous causons» de l’avancement en cour, de ceux qui ont obtenu pension; quand il y aura» moyen de voir le roi, combien de pistoles a perdues Créqui et Saint-Luc; ou,» si vous ne voulez point discourir sur des choses si hautes, vous philosophez» sur les bas-de-chausses de la cour... Quelquefois nous entrons dans le grand» cabinet, avec la foule de quelques grands ; nous sortons sous celui de Berin-» gand, descendons par le petit degré, et puis faisons semblant d’avoir vu le» roi, contons quelques nouvelles; et là, faut chercher quelqu’un qui aille» dîner. »
Les seigneurs catholiques traitaient comme des esclaves les personnes attachéesà leur maison; ils les faisaient battre de verges, et les cédaient à d’autres commeun meuble. Daus les écrits de ce temps, on trouve fréquemment ces phrases :tel secrétaire, tel musicien, tel joueur de luth, tel chirurgien, tel gentilhomme,appartenait à tel prince, à tel seigneur, qui le donna à tel autre seigneur. Henri IV fit don à un de ses valets d’écurie d’un homme difforme, qu’on avait arraché àses travaux, pour le montrer comme une curiosité et en tirer profit. Marguerite de Valois faisait donner des coups de bâton à son musicien Choisnin. Les sei-gneurs fouettaient souvent leurs pages.
L’honneur, ou plutôt l’orgueil de la noblesse était alors d’une constitutiontrès-robuste. Les nobles pouvaient se livrer aux actions les plus viles, les pluscriminelles, sans que leur fierté en souffrît aucune atteinte, ni leur gloire lamoindre tache. Malgré ces accidents, ils transmettaient à leur postérité unenoblesse pure. Le métier infâme que plusieurs remplissaient à la cour, auprèsdes rois enclins à la débauche, ne les déshonorait point, et la trahison n’appor-tait aucune flétrissure à leur honneur invulnérable. Les nobles dérogeaient enexerçant le commerce ou un métier utile ; ils ne dérogeaient pas en volant lesmarchands sur les chemins. Ils empruntaient, ne payaient pas, et leur noblesseleur donnait le privilège de manquer à leur parole sans être déshonorés; debattre, de mutiler, de tuer et de jeter par leurs fenêtres, dans les fossés de leurspetites forteresses, les malheureux sergents qui venaient, au nom du roi et dela part de leurs créanciers, leur signifier quelque sentence, ou exécuter unesaisie. On trouve dans les registres criminels du parlement un grand nombre deces gentillesses.
Si les vices de la barbarie déshonoraient la noblesse de France , le clergé enétait aussi fortement entaché. Les prêtres faisaient la guerre, étaient livrés à ladébauche, et les plus sages d’entre eux s’adonnaient à des superstitions absur-des. La plupart des prêtres subalternes menaient une vie scandaleuse, s’adon-naient à la magie, et même faisaient servir leur ministère aux pratiques de cettefausse science. La pratique des images de cire que l’on fabriquait pour nuireou ôter la vie à son ennemi, se maintint encore pendant cette période. On a vules prêtres de Paris , entraînés par une aveugle fureur, placer, dans l’intentionde faire périr Henri III , de ces images magiques sur les autels de presque toutesles paroisses de cette ville. Suivant les crédules partisans de ces superstitions,