HISTOIRE DE PARIS
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elles n’avaient de vertu que lorsqu’elles étaient baptisées en forme, et qu’on leuravait imposé, avec les cérémonies de l’Église, le nom de celui que l’on voulaitfaire périr.
La religion ne consistait encore qu’en pratiques, et restait séparée de la mo-rale. Les évêques, les abbés, les curés même, ne résidaient point dans leursévêchés, dans leurs monastères, dans leurs cures, et ne donnaient aucuneinstruction au peuple. Les bénéfices étaient distribués de manière qu’un seultitulaire possédait un grand nombre d’abbayes et même d’évêchés. On accordaitles revenus de ces évêchés à des laïques, à des domestiques, à des femmes, mêmeà des protestants. Les idées de la multitude étaient tellement perverties, qu’ondonnait le titre de vertu, non à la probité exacte, à une conduite généreuse etpure, mais à des pratiques ridicules et superstitieuses.
Sous la domination de la Ligue, les prédicateurs avaient fait croire au peuplede Paris qu’une procession était l’acte le plus agréable à la Divinité, le moyen leplus sur de calmer sa colère, et de se la rendre favorable. Je citerai à ce proposle témoignage d’un zélé catholique, ligueur de bonne foi : « Le 30 janvier 1589,» dit-il, il se fit en la ville plusieurs processions, auxquelles il y a une grande» quantité d’enfants, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont tous nuds» en chemise , tellement qu’on ne vit jamais si belle chose, Dieu merci... Il y a» telles paroisses où il se voit cinq à six cents personnes toutes nues. Ledit jour» (3 février 1589) se firent, comme aux précédents jours, de fort belles proces-» sions, où il y eut grande quantité de tout nuds ■ et portant de très-belles croix.» Le li février (1589), jour de carême-prenant, et jour où l’on n’avoit accou-» tumé que de voir des mascarades et folies, furent faites, par les églises de cette» ville, grande quantité de processions, que y alloient en grande dévotion, même» de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs , où il y avoit plus de mille personnes,» tant fils que filles, hommes que femmes, tout nuds, et même tous les religieux» de Saint-Martin-des-Champs qui y étoient tous nuds pieds, et les prêtres de» ladite église de Saint-Nicolas aussi pieds nuds, et quelques-uns tous nuds,» comme étoit le curé, nommé maître François Pigenat, duquel on fait plus» d’état que d'aucun autre qui étoit tout nud, et n’avoit qu’une guilbe (guimpe)» de toile blanche sur lui, etc. »
Pendant quatre ou cinq mois, les Parisiens ne cessèrent de faire chaque jourune ou plusieurs de ces scandaleuses processions. « Ils étoient si enragés, dit» l’Estoile, pour ces dévotions processionnaires, qu’ils alloient pendant la nuit» faire lever leurs curés et les prêtres de leur paroisse, pour les mener en pro-» cession. » Le curé de Saint-Eustache voulut, à ce sujet, leur faire quelquesremontrances; on le traita de politique et d’hérétique; il fut forcé de condes-cendre à la fureur des Parisiens pour ces pieuses et ridicules promenades, « où,» dit le même écrivain, hommes et femmes, garçons et filles, marchoient pêle-» mêle, et où tout étoit carême-prenant ; c’est assez dire qu’o/i en vit des fruits. »
En matière d’opinions religieuses, la population de Paris offrait plusieursdivisions. Sous le nom de bons catholiques on désignait les superstitieux, lesligueurs, les intolérants, les persécuteurs. — Les politiques étaient des hommesplus éclairés, et par conséquent plus raisonnables. — Les protestants, qui se