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sentant la nécessité de donner un successeur au trône ou de légitimer une gros-sesse illégitime, pria mademoiselle de La Fayette , qui exerçait une grande in-fluence sur l’esprit faible et borné de son royal époux, de l’engager à une récon-ciliation, et à venir partager son lit, et que ce roi, facile à persuader, se laissaconduire dans le lit conjugal. Rientôt après, la reine fut déclarée enceinte : cettedéclaration fit naître des fêtes, des Te Deum; et, le 5 septembre 1638, la reineaccoucha d’un fils, nommé depuis Louis XIY.
Voilà l’explication la plus vraisemblable qu’on puisse donner au rapproche-ment des deux époux; mais cette explication laisse toujours subsister des doutessur la filiation de Louis XIV . Sa mère, très-galante, put-elle garder pendantvingt-trois ans une exacte fidélité à un époux qui la fuyait et qu’elle n’aimaitpas? Les mémoires du temps ne permettent guère d’attribuer à cette reine unecontinence aussi persévérante. Dans le procès instruit contre le comte de Chalais,qui fut décapité, on voit qu’Anne d’Autriche voulait détrôner Louis XIII , fairedéclarer son mariage nul, sous prétexte d’impuissance, et faire enfermer ce roidans un cloître, et que son frère Gaston, duc d’Orléans, devait monter sur letrône de France en épousant cette reine. Le cardinal de Richelieu arrêta l’exé-cution de ce projet.
Gaston n’était pas le seul amant de cette reine, et l’on suppose qu’avant demettre au jour Louis XIV elle avait donné le jour à un autre enfant mâle, quidevint ce personnage mystérieux, ce prisonnier désigné sous le nom de l’Hommeau masque de fer.
Si l’on rapproche toutes les notions recueillies sur cet homme mystérieux ;si l’on considère les soins extrêmes que prit Louis XIV pour dérober au public lacondition de ce prisonnier et les traits de son visage, on jugera que si son étateût été connu, il eût pu troubler la France et la sécurité de celui qui exerçait lepouvoir suprême.
Si Ton s’en rapporte aux mémoires du duc de Richelieu, ce prisonnier étaitfils de Louis XIII , et le frère jumeau de Louis XIV ; tous deux naquirent le mêmejour, le 5 septembre 1638, l’un à midi et l’autre quelques heures plus tard. Cedernier fut celui dont le roi et ses conseillers résolurent de cacher la naissance.On le confia à une dame nommée Pcronnette, chargée de sa nourriture ; elle eutordre de le dire bâtard d’un grand seigneur. Cet enfant, avançant en âge, fut,par le cardinal Mazarin, remis à un gentilhomme dont on ignore le nom. Celui-cilui donna une éducation très-soignée. Arrivé à l’âge de dix-neuf ans, ce jeunehomme, inquiet sur l’état de son père, faisait de fréquentes questions à son gou-verneur, qui refusait constamment de satisfaire sa curiosité. Il avait atteint l’âgede vingt et un ans, lorsqu’il parvint secrètement à ouvrir la cassette de son gou-verneur : il y trouva des lettres de Louis XIV et du cardinal, qui lui donnèrent degrandes lumières sur son état. Étant parvenu à se procurer le portrait deLouis XIV , il dit à son gouverneur : Voilà mon frère.
Alors le gouverneur, craignant l’évasion de son élève et quelque coup d’éclatde sa part, dépêcha un messager au roi, pour l’informer de ce qui venait de sepasser. Le roi donna sur-le-champ des ordres pour faire arrêter le gouverneuret son élève. Le premier mourut en prison ; et c’est avant d’expirer qu’il écrivit