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tion en charpente qui concourait à l’éclat de ce spectacle, un des plus magni-fiques que ce roi ait donnés, et qui ne coûta, dit-on, que douze cents mille livres.Cette fête, nommée Carrousel, donna son nom à la place où elle fut exécutée.
La place du Carrousel était, sous Louis XIV , plus vaste qu’elle n’a été dans lasuite. Plusieurs cours et bâtiments, construits depuis, en diminuèrent l’étendue.Mais un étrange et malheureux événement fit disparaître plusieurs de ces con-structions qui rétrécissaient cette place. Le 3 nivôse an îx (24 novembre 1800),Bonaparte , alors premier consul, se rendait à l’Opéra ; une machine, qu’onnomma infernale, placée à l’entrée de la rue Saint-Nicaise, au moment du passagede la voiture de ce premier magistrat, fit une explosion qui retentit dans tousles quartiers de (a ville. Quarante-six maisons furent fortement ébranlées ouendommagées ; huit personnes furent tuées, et vingt-huit autres blessées griè-vement. La voilure du premier consul, comme chacun sait, ne fut point atteinte.Les maisons ébranlées furent démolies. On commença la construction de lagalerie du Louvre parallèle à l’ancienne ; et la place du Carrousel, agrandie, dé-blayée encore depuis de plusieurs bâtiments particuliers, présente maintenantdans son plan une forme carrée presque régulière.
l'LACE yenuome , située entre les rues Saint-Honoré et Neuve-des-Petits-Cliamps. Sur son emplacement, les ducs de Retz avaient fait, sous le règne deCharles IX , bâtir un hôtel accompagné de jardins. Cet hôtel fut, en 1603, venduà la duchesse de Mercœur, passa ensuite à la maison de Vendôme , et enfinfut acheté par Louvois qui résolut d’élever une place monumentale. Pour exé-cuter le projet de cette place, il fallait abattre le couvent des Capucines : il futabattu. On en construisit un autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs ; et leportail de ce couvent fut élevé sur l'axe même de la place projetée, et servit àsa décoration. On éleva successivement les façades des bâtiments qui devaiententourer cette place; mais Louvois , qui se proposait d’y établir la Bibliothèquedu roi, différentes académies, un hôtel des monnaies, un hôtel pour les ambas-sadeurs, mourut le 16 juillet 1691 ; et les travaux furent suspendus.
En 1698, le ministre Pont-Chartrain vint proposer à Louis XIV d’abattre tou-tes les constructions de cette place, et d’en élever d’autres sur les dessinsde Mansard. Le roi, qui quelques jours auparavant n’avait écouté qu’avec hu-meur les représentations de Madame de Maintenon sur ses folles dépenses et songoût effréné pour les constructions, voulant devant elle faire parade de ses pré-tendus principes d’économie, dit au ministre, à l’occasion de cette place : M. deLouvois l’a faite presque malgré moi. Tous ces messieurs les ministres veulent fairequelque chose qui leur fasse honneur auprès de la postérité. Ils ont trouvé le secretde me donner ci l’Europe comme aimant ces vanités-là. 3Iadame est témoin deschagrins cque MM. de Louvois et la Feuillade m’ont donnés là-dessus. Je veux me lesépargner désormais, et je veux qu’on ne me propose rien d'approchant. Que monpeuple soit bien nourri, je serai toujours assez bien logé. Mais ses actions démen-tirent ses paroles. Les nouveaux plans de Mansard furent adoptés. On démolitpour reconstruire, et la ville de Paris fut chargée des dépenses. Le 14 mai 1699,le corps de ville ayant rétrocédé tous ses droits au sieur Masneuf, moyennant620 mille livres, cet entrepreneur se chargea de faire démolir ce qui avait déjà