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SOUS LOUIS XIY.et représentaient des gouverneurs de province; ils apprenaient aux nouveauxadmis la fabrication d’un onguent propre à se procurer des plaies factices ; ilsenseignaient la langue de mille tours Y argot , de souplesse, l’art de voler, decouper les bourses avec adresse et d’en imposer au peuple. Il paraît que cer-tains moines, voulant mettre en crédit leurs reliques, se servaient d’eux pouropérer de prétendus miracles « Je puis assurer, dit Sauvai, que ces mauvais« pauvres contribuent à l’entretien de plusieurs religieux. » Ces principauxgrades se composaient ordinairement d’écoliers et de prêtres débauchés, qui,en considération de leurs peines, étaient les seuls exempts de toutes contribu-tions envers le chef, le grand Cocsre. Ils gueusaient dans les départements quele coësre leur avait assigné, contrefaisaient les gens de qualité ruinés ou déva-lisés et les soldats estropiés. On les nommait aussi narquois ou gens de la petiteflambe ou de la courte épée, à cause des ciseaux qu’ils portaient pour couper lesbourses. (On avait encore, sous Louis XIV , la sotte vanité de porter sa boursependue à sa ceinture.) Ces filous ou mendiants valides, formaient plusieurs caté-gories sous diverses dénominations (1). Depuis plusieurs siècles, ils troublaient,inquiétaient les habitants de Paris , et les magistrats de cette ville n’avaient pasmême entrepris de s’en debarrasser. Cette association immorale, menaçante,devint un objet de plaisanterie pour la cour de Louis XIV . Le spectacle d’un deces mendiants qui, en excitant la pitié, arrachent des aumônes en même tempsqu’ils coupent la bourse de ceux qui les leur donnent, parut si comique, qu’en« 1653 il servit, dit Sauvai, de passe-temps au roi et d’entrée au ballet royal de« la Nuit, dansé sur le théâtre du Petit-Bourbon. Jamais, ajoute cet écrivain, les« subites métamorphoses de ces imposteurs n’ont été plus heureusement repré-« sentées. Benserade nous y prépara par des vers assez élégants. Les meilleurs
(1) On nommait orphelins de jeunes garçons qui, par troupes de trois ou quatre, parcou. aient lesrues de Paris , tremblottants et presque nus. Los marcandiers étaient, dit Sauvai, « ces grands pen'“ dards qui alloient d’ordinaire par les rues, de deux à deux, vêtus d’un bon pourpoint et de mé-» chantes chausses, criant qu’ils étoient de bons marchands ruinés par les guerres, par le feu ou» semblables accidents. » Les r if odes , accompagnés de leurs prétendus femmes et enfants, mendiaientà Paris en tenant à la main un certificat qui attestait que le feu du ciel avait consumé leur maisonet tous leurs biens. Les malingreux : on nommait ainsi des malades simulés ; les uns se rendaient leventre dur et enflé et contrefaisaient les hydropiques. Sauvai raconte par quels moyens dégoûtantscette prétendue maladie se procurait et se guérissait promptement. Les autres avaient un bras, unejambe, une cuisse couverts d’ulcères factices; ils demandaient l’aumône dans les églises pour alleren pèlerinage. Les capons étaient des filous qui mendiaient dans les cabarets, ou des jeunes gens quijouaient sur le Pont-Neuf , et feignaient de perdre leur argent pour engager les passants à jouer aveceux et à exposer le leur. Les piètres marchaient avec des potences et contrefaisaient les estropiés.Les polissons allaient de quatre à quatre, vêtus d’un pourpoint, sans chemise, d’un chapeau sansfond, le bissac sur l’épaule et la bouteille sur le côté. Les francs-mitoux , le front ceint d’un mou-choir sale, contrefaisaient les malades, parvenaient, avec de fortes ligatures, à arrêter les mouve-ments de l’artère du bras, tombaient en défaillance au milieu des rues, et trompaient les personnes- charitables, môme les médecins qui venaient h leur secours. Les callots feignaient d’ûtre guéris dola teigne et de venir de Sainte-Reine, où ils avaient miraculeusement été délivrés de ce mal. Leshubains portaient un certificat qui attestait que, mordus par un chien enragé, ils s’étaient adressésà saint Hubert, qui les avait guéris. Les sabouleux feignaient une attaque d’épilepsie, tombaient hterre, et un morceau de savon qu’ils avaient dans la bouche leur faisait imiter l’écume que jettentles épileptiques. Les coquillards étaient des pèlerins couverts de coquilles, revenus, disaient-ils, deSaint-Jacques ou de Saint-Michel. Les corlaux de boutange ne mendiaient et ne filoutaient que1 hiver. On pourrait joindre ît cette nomenclature les gueux appelés marpauts , dont les femmes pre-naient la dénomination de marquise ; les millards, qui portaient un grand bissac.