499
SOUS LOUIS XIV .liguait les places, les gouvernements, et surtout les titres honorifiques decomte, de duc, qu’il avilit en les multipliant sans mesure; mais il ne prodiguaitpoint l’or. De cette conduite il résultait avilissement pour les dignités, accrois-sement d’orgueil pour les familles féodales, considération accordée à l’intrigue,à la bassesse et même au crime.
Anne d’Autriche avait les vices de toutes les princesses de ce temps : adonnéeaux intrigues, et trop faible pour supporter le poids des affaires publiques, ellefaisait peu et laissait tout faire parMazarin. D’ailleurs elle était dévote, supersti-tieuse et galante; et ses rapports avec ce cardinal ont fait naître des soupçonset des reproches, peut-être mal fondés, mais qui ont laissé des présomptionsoutrageantes pour sa mémoire.
Si je descends aux princes qui se montrèrent avec éclat dans les dissensionsciviles, je vois au premier rang celui qu’on a nommé le Grand-Condé . Il étaitcertainement guerrier habile, inépuisable en ressources, possédait à un degrééminent la science des combats: mais sa conduite publique et privée offre-t-elledes exemples de morale? Ses liaisons avec sa sœur, la princesse de Longueville,tirent beaucoup de bruit ; et, si l’on en croit la plupart des écrivains de ce temps,ces liaisons n’étaient pas de nature à édifier le public. Ce prince ne se piquaitni de tenir sa parole ni de payer ses dettes : il avait un caractère haut, insultant,dur, impérieux, qui le faisait généralement détester; la duchesse de Nemours en faisait un portrait peu avantageux.
Le prince de Conti, son frère, petit, bossu, galant, séditieux, figura dans laguerre contre la cour, et demandait pour prix de sa révolte un chapeau decardinal. — Cette demoiselle de Montpensier, qui a écrit des mémoires, turbu-lente, guerrière, animait son indolent père à la sédition, et contribua à pro-longer les malheurs de la guerre civile. — Ce duc de Beaufort, surnommé leroi des Halles, qui en avait l’éducation et le langage, qui affectait un caractèrede franchise et de loyauté qu’il ne soutint pas, qui faisait la débauche et sedonnait des plaisirs de prince, fut chef du parti des importants, gouverneur deParis pour la Fronde, et très-aimé de la dernière classe des habitants. 11 jouasur la scène politique un rôle de niais ou de bouffon. S’il manquait d’éducationet de talent, il ne manquait pas de courage militaire; à Orléans , il s’était battuà coups de poing avec le duc de Nemours; à Paris , il se battit avec le même àcoups de pistolet et le tua.
Ce cardinal de Retz, qui, dans ses curieux mémoires, nous apprend que deson temps on était encore en usage de se faire gloire des malheurs qu’on avaitcausés, était doué d’un esprit subtil, pénétrant et fécond en ressources; il metà décrire ses intrigues, ses ruses, ses fourberies et toutes ses fredaines politi-ques, le soin qu’on mettrait à raconter des actions dignes des éloges de lapostérité; il y mêle des aperçus profonds et des traits dignes de Tacite peignantles crimes de la cour de Tibère . Cet homme, au niveau' de ses contemporainssous le rapport des mœurs, leur était fort supérieur sous celui des talents; ilétait capable de jouer la cour, le parlement et Mazarin lui-même. Il armait, ilsoulevait une partie des habitants de Paris , les dirigeait à son gré; il alarmaittous les partis sans intérêt personnel, pour essayer ses forces, pour ses menus