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la haine, de l’ambition et de la cupidité. Le roi, par ordonnance du 11 jan-vier 1680, établit à l’Arsenal une commission chargée de faire le procès auxempoisonneurs et aux magiciens. Plusieurs personnes de la cour, et des plusdistinguées par leurs titres et leur naissance, furent compromises dans cetteaffaire. Au rang des principaux acteurs de ces crimes figurait Catherine Des-haies, veuve du sieur de Mont voisin, nommée vulgairement la Voisin : elleétait assistée d’une femme appelée Vigouroux , d’un prêtre appelé Le Sage, etde quelques autres scélérats. La Voisin , qui vivait en femme de qualité, com-posait et vendait aux dames et seigneurs de la cour des poisons, des charmes,des secrets magiques pour se faire aimer, se mêlait de divination.
Des détails curieux et fort étranges sur cette affaire sont contenus dans unelettre de Bussi-Rabutin au sieur de la Rivière . Voici cette lettre : « Grandes» nouvelles, monsieur : la chambre des poisons a donné décret de prise de» corps contre M. de Luxembourg , contre la comtesse de Soissons, contre le>» marquis d’Alluyeet contre madame de Polignac. Aussitôt que M. de Luxem-» bourg l’eut appris, il partit de Paris , et s’en alla à Saint-Germain, où il ne» vit pas le roi ; mais il lui fit demander une lettre de cachet pour entrer à la» Bastille, laquelle Sa Majesté lui accorda. Il vint donc mercredi au soir, 24 de» ce mois, s’y rendre ; son secrétaire a été mené deux jours auparavant au» bois de Vincennes. Le roi envoya mardi M. de Bouillon dire à la comtesse de» Soissons que, si elle se sentoit innocente, elle entrât à la Bastille, et qu’il la» servirait comme son ami; mais que, si elle éloit coupable, elle se retirât où» elle voudroit. Elle manda au roi qu’elle étoit fort innocente, mais qu’elle ne» pouvoit souffrir la prison. Ensuite, elle partit avec la marquise d’Alluye, à» quatre heures du matin du mercredi, avec deux carrosses à six chevaux;» elle va, dit-on, en Flandre . On a envoyé en Auvergne ordre d’arrêter madame» de Polignac. On a donné ajournement personnel à madame de Bouillon, à la» princesse de Tingri, à la maréchale de La Ferté et à madame du Roure.
» La comtesse de Soissons étoit accusée d’avoir empoisonné son mari ; la» marquise d’Alluye d’avoir pmpoisonné son beau-père; la princesse de Tingri» d’avoir emposonné des enfants dont elle étoit accouchée. Madame de Poii-■> gnac étoit accusée d’avoir empoisonné un valet de chambre qui servoit ses» commerces amoureux.
La commission pour l’affaire des poisons et maléfices, siégeant à l’Arsenal,condamna au supplice du bûcher la Voisin , qui fut, le 22 juillet 1680, brûléevive. Plusieurs autres personnes de tout rang furent, pendant cette année etmême pendant la suivante, arrêtées par ordre de cette commission, et condam-nées à différentes peines. Cette chambre poursuivait avec la même ardeur lesempoisonneurs, les sorciers, les noueurs d'aiguillettes , les vendeuses de secretspropres à réparer les ravages de l’incontinence, etc. Des crimes réels étaientconfondus, par les jurisconsultes de ce temps, avec des crimes chimériques.On croyait généralement à la vertu des opérations magiques, parce que degraves magistrats semblaient y croire en les condamnant. Les épizooties étaientconsidérées comme des sortilèges opérés par certains bergers contre des trou-peaux; et on faisait brûler comme sorciers les prétendus auteurs de la morta-