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iité. Une jeune fille était-elle attaquée d’affections hystériques, on la regardaitcomme possédée du diable; et, au lieu de lui donner un mari, on lui faisaitsubir un exorcisme, etc., etc.
Une ordonnance du mois de juillet 1682 porta un coup fatal à ces antiqueserreurs, et limita considérablement la puissance infernale. On y qualifiecet art de vaine profession; et ceux qui l’exerçaient en qualité de devins, demagiciens et de sorciers, sont traités de corrupteurs de l’esprit des peuples,d’impies, de sacrilèges, qui, sous prétexte d’opération de prétendue magie,profanent ce qu’il y a de plus saint, de plus sacré, etc. On vit encore des de-vins, des sorciers; mais, en vertu de cette ordonnance, ils ne furent plus con-damnés que comme des trompeurs, des profanateurs et des empoisonneurs.
Plusieurs autres coutumes de la barbarie furent abolies; mais il en resta en-core un très-grand nombre auxquelles on n’osa point toucher. La vénalité detous les offices, charges, dignités, magistratures, et les énormes abus qui enrésultaient; le désordre des finances, le brigandage mystérieux des traitants;la noblesse avec son orgueil et son immoralité ; les jésuites avec leur pouvoir,et leur ambition, se maintinrent encore longtemps.
Colbert à qui Louis XIV était redevable de ce que son règne avait de plus glo-rieux, mourut en 1683. Après cette époque commence la troisième et la plustriste partie de la vie de ce prince.
Dès l’an 1682, Louis XIV , inspiré par son confesseur, manifesta son penchantpour la dévotion, et sa résolution de convertir forcément les protestants de sonroyaume. Se croyant assez puissant pour commander aux opinions, aux ha-bitudes, et s’en faire obéir, il voulut que tous ses sujets fussent dévots ou con-vertis. Les courtisans des deux sexes, pour se maintenir en faveur, se contrai-gnirent et ajoutèrent à leurs vices accoutumés un vice nouveau, l’hypocrisie.Les libertins et les dames galantes de la cour en prirent le masque : ils assis-taient à la messe, au sermon et au salut toutes les fois que le roi s’y trouvait,et, à ce sujet, je citerai un fait qui, quoique connu, trouve ici sa place. Brissac,major des gardes, fit tomber un jour ce masque de dévotion dont se couvraientles courtisans; il vint dans la chapelle où le roi devait se rendre; les tribunesétaient remplies de dames; il dit assez haut pour être entendu : Gardes, retirez-vous dans vos salles, le roi ne viendra point; les gardes s’éloignèrent. Les dames,persuadées que le roi ne viendrait pas au salut, éteignirent leurs bougies et seretirèrent. Peu de temps après arrive le roi qui s’étonne de voir les tribunesdégarnies des dames qui s’y rendaient ordinairement. Brissac lui conta le tourqu’il venait de leur jouer : le prince en rit, mais n’en fut pas plus éclairé.
Louis XIV , de son propre aveu, était fort peu instruit en matière religieuse.Ses confesseurs profitèrent de son ignorance pour dominer son esprit et le diriger à leur gré. Le père La Chaise et le père Le Tellier le portèrent, tour à tour,à persécuter, l’un les protestants, l’autre les jansénistes. Il faisait des pèlerina-ges, se cuirassait le corps de reliques, et s’affilia à l’ordre des jésuites. Avec detelles pratiques, il se croyait chrétien, croyait suivre la religion de l’Évangilequ’il ne lisait point : il ne suivait que la religion des jésuites.
Le gouvernement consistait alors dans la volonté d’un seul homme, et.