Buch 
Histoire de Paris et de ses monuments / par Dulaure
Entstehung
Seite
503
JPEG-Download
 

503

SOUS LOUIS XIV .

Louis XIV , disait : l'État, c'est moi. Le gouvernement, appuyé seulement surlexistence dun individu, éprouva toutes les vicissitudes de la vie humaine, ileut sa jeunesse, sa virilité et sa décrépitude. La jeunesse de ce règne fut déré-glée et très-orageuse ; sa virilité présenta des triomphes et eut une marchepompeuse et ascendante; sa fin une allure déclinante ou rétrograde : toutes lesparties administratives vieillirent avec Louis XIV . Les lettres, et bien plus en-core tes arts, participèrent à cette décadence. Fontenelle fut presque luniquereprésentant des talents de Corneille , Racine, Molière , La Fontaine , Boileau ,Bossuet , Fénelon , etc.; et le règne suivant ne recueillit quune très-faiblepartie dune si riche succession. Les peintres Le Poussin, Le Sueur , Jouvenet, Le Brun , etc., neurent point de successeurs dignes deux. La sculpture fut en-traînée dans la chute générale. Girardon, les deux Anguier , Pujet, Nicolas Coustou , moururent sans être remplacés, si ce nest par des artistes dun goûtmédiocre. Larchitecture éprouva la môme dégénération. Larchitecte Openordcontribua puissamment à cette révolution, en substituant aux formes gréco-romaines des formes contournées, des voûtes surbaissées, et ces ornementsridicules qui ne ressemblent à rien dans la nature, et quon nommait racailles,ornements toujours placés sans motif.

Malgré cette décadence, malgré la persistance dune partie des vices delignorance et de la féodalité, la civilisation et les connaissances humaines fi-rent des progrès rapides. Le goût peut se corrompre ; mais les sciences acqui-ses restent intactes, marchent toujours vers leur perfectionnement. Molière ,llegnard, Despréaux, avaient versé le ridicule sur les travers de lesprit, surles vices de la société, sur lorgueil nobiliaire, sur les tours des chevaliersdindustrie, sur les escroqueries des marquis. Corneille et Racine élevaient lesâmes, inspiraient de nobles passions. Leurs grands talents donnaient des char-mes aux préceptes de la morale. Bussi-Rabutin marque le changement qui, deson temps, sétait opéré dans lopinion; après avoir parlé de lAcadémie fran­ çaise , et dit quelle comptait parmi ses membres des personnes de naissance,il ajoute : « Il y en aura eucore bien davantage pour lavenir. Jusquici la plu- part des sots de qualité, qui ont été en grand nombre, auroient bien voulu per-» suader, sils avoient pu, que cétoit déroger à la noblesse que davoir de

lesprit; mais la mode de lignorance à la cour sen va tantôt passée, et le» cas que fait le roi des habiles gens achèvera de polir toute la noblesse de son» royaume. »

Quelques ouvrages publiés à cette époque prouvent que lon méditait sur lesvices du gouvernement : si lon commençait à raisonner en politique, on rai-sonnait beaucoup plus sur les matières religieuses. Les protestants avaientouvert la carrière ; quelques prêtres catholiques, fortifiés par une vaste érudi-tion, sans outre-passer les limites de lorthodoxie, combattirent avec succèsles erreurs grossières, les superstitions absurdes dont le catholicisme étaitsouillé. Tels étaient Jean de Launoy , docteur de Sorbonne; Pierre Lebrun, prê-tre de lOratoire; Jean-Baptiste Thiers , curé de Champrond, etc., etc. Dansleurs écrits, ces hommes déroulèrent le volume immense des sottises humainesen matière de croyance, et sélevèrent fortement contre les pratiques magi-