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Louis XIV , disait : l'État, c'est moi. Le gouvernement, appuyé seulement surl’existence d’un individu, éprouva toutes les vicissitudes de la vie humaine, ileut sa jeunesse, sa virilité et sa décrépitude. La jeunesse de ce règne fut déré-glée et très-orageuse ; sa virilité présenta des triomphes et eut une marchepompeuse et ascendante; sa fin une allure déclinante ou rétrograde : toutes lesparties administratives vieillirent avec Louis XIV . Les lettres, et bien plus en-core tes arts, participèrent à cette décadence. Fontenelle fut presque l’uniquereprésentant des talents de Corneille , Racine, Molière , La Fontaine , Boileau ,Bossuet , Fénelon , etc.; et le règne suivant ne recueillit qu’une très-faiblepartie d’une si riche succession. Les peintres Le Poussin, Le Sueur , Jouvenet, Le Brun , etc., n’eurent point de successeurs dignes d’eux. La sculpture fut en-traînée dans la chute générale. Girardon, les deux Anguier , Pujet, Nicolas Coustou , moururent sans être remplacés, si ce n’est par des artistes d’un goûtmédiocre. L’architecture éprouva la môme dégénération. L’architecte Openordcontribua puissamment à cette révolution, en substituant aux formes gréco-romaines des formes contournées, des voûtes surbaissées, et ces ornementsridicules qui ne ressemblent à rien dans la nature, et qu’on nommait racailles,ornements toujours placés sans motif.
Malgré cette décadence, malgré la persistance d’une partie des vices del’ignorance et de la féodalité, la civilisation et les connaissances humaines fi-rent des progrès rapides. Le goût peut se corrompre ; mais les sciences acqui-ses restent intactes, marchent toujours vers leur perfectionnement. Molière ,llegnard, Despréaux, avaient versé le ridicule sur les travers de l’esprit, surles vices de la société, sur l’orgueil nobiliaire, sur les tours des chevaliersd’industrie, sur les escroqueries des marquis. Corneille et Racine élevaient lesâmes, inspiraient de nobles passions. Leurs grands talents donnaient des char-mes aux préceptes de la morale. Bussi-Rabutin marque le changement qui, deson temps, s’était opéré dans l’opinion; après avoir parlé de l’Académie fran çaise , et dit qu’elle comptait parmi ses membres des personnes de naissance,il ajoute : « Il y en aura eucore bien davantage pour l’avenir. Jusqu’ici la plu-• part des sots de qualité, qui ont été en grand nombre, auroient bien voulu per-» suader, s’ils avoient pu, que c’étoit déroger à la noblesse que d’avoir de
l’esprit; mais la mode de l’ignorance à la cour s’en va tantôt passée, et le» cas que fait le roi des habiles gens achèvera de polir toute la noblesse de son» royaume. »
Quelques ouvrages publiés à cette époque prouvent que l’on méditait sur lesvices du gouvernement : si l’on commençait à raisonner en politique, on rai-sonnait beaucoup plus sur les matières religieuses. Les protestants avaientouvert la carrière ; quelques prêtres catholiques, fortifiés par une vaste érudi-tion, sans outre-passer les limites de l’orthodoxie, combattirent avec succèsles erreurs grossières, les superstitions absurdes dont le catholicisme étaitsouillé. Tels étaient Jean de Launoy , docteur de Sorbonne; Pierre Lebrun, prê-tre de l’Oratoire; Jean-Baptiste Thiers , curé de Champrond, etc., etc. Dansleurs écrits, ces hommes déroulèrent le volume immense des sottises humainesen matière de croyance, et s’élevèrent fortement contre les pratiques magi-