de France plusieurs centaines de millions en numéraire. D’autres étrangers, en1720, employèrent le même manège, obtinrent le même succès, sortirent duroyaume des sommes immenses en valeur métallique pour du papier qu’ils ylaissaient. Dès lors le crédit de Law et de sa banque fut fortement ébranlé ; lemécontentement éclata. Pour calmer les esprits, le régent destitua, en mai1720, cet intrigant de sa fonction de contrôleur général, mais il lui conservasa place de directeur général de la banque et de la compagnie des Indes.
Les billets de la banque étaient hypothéqués sur des établissements à faireaux rives du Mississipi , en Amérique . Pour les peupler, on fit arrêter tous lesmauvais sujets de Paris , et des filles perdues détenues dans les prisons. Onabusa bientôt de cette mesure. Sous le prétexte de saisir des vagabonds pourles envoyer au Mississipi, on enleva une quantité d’honnêtes artisans, des filsde bourgeois que les archers tenaient en chartre-privée, dans l’espoir de leurvendre leur liberté et d’en tirer de fortes rançons. Le peuple, indigné, se ré-volta, battit, tua même quelques archers. Le ministère, intimidé, fit cessercette odieuse persécution.
Les diverses tentatives que fit le gouvernement pour soutenir Law et sabanque ne contribuèrent qu’à en accélérer la chute. Un édit du 21 mai 1720ordonna la réduction graduelle, de mois en mois, des billets et des actions dela compagnie des Indes. Cette mesure mortelle pour la banque fut révoquéevingt-quatre heures après ; mais le coup était porté, les remèdes ne pouvaientqu’aggraver le mal. L’indignation s’empara de tous les porteurs de billets. Law,très-poltron, demanda des gardes ; on lui en accorda.
Le régent, voyant que tout le monde était mécontent, voulut aussi le paraître.Il dépouilla Law de sa place de directeur de la banque, en chargea le duc d’An-tin son ami, et adjoignit à cette administration financière quelques conseillersdu parlement. Le 15 juillet, Law, plus effrayé que jamais, se réfugia au Palais- Royal , où résidait le régent. Le peuple, justement mécontent, remplissait lescours de ce palais, demandant à grands'cris la mort de l’imposteur qui avaitcausé sa ruine. Dans cette émeute périrent plusieurs personnes étouffées par lafoule, ou qui s’étaient suicidées par désespoir. Trois cadavres furent retirés descours du Palais-Royal, et la mère du régent nous dit froidement : Mon fils n'a-vait cessé de rire pendant ce brouhaha.
Presque tout le numéraire était sorti de France ; les finances de l’État avaientdisparu. Un très-grand nombre de familles, autrefois dans l’aisance, pour s’êtreconfiées au gouvernement, se virent tout à coup plongées dans la misère. Lerégent garda Law dans son palais pendant tout le mois de décembre de cetteannée; puis il le fit conduire secrètement dans une de ses terres, située à sixlieues de Paris . Des princes enrichis par son système, en lui fournissant desrelais, favorisèrent son évasion. Il se rendit à Rruxelles, de là à Venise , où peud’années après il termina une vie maudite par tant de Français , victimes de sesfriponneries.
Après la fuite de Law, le régent fit tenir un conseil de régence, où il futconstaté qu’il y avait dans le public pour deux milliards sept cents millions debillets de banque, sans qu’on pût justifier que cette somme immense eût été