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émise en verlu d’ordonnances. Le régent, poussé à bout, avoua que Law enavait émis pour douze cents million» au delà de ce qui était fixé par les ordon-nances, et que, la chose étant faite, il avait mis Law à couvert par des arrêtsdu conseil qui ordonnaient cette augmentation, arrêts qu’on avait eu soind’antidater. Dans cette séance du conseil, où le duc de Bourbon et le régentjouèrent, dit Duclos, un très-mauvais rôle, il ne fut pris aucune mesure pourremédier au mal.
Malgré une conspiration dirigée cojilçe le régent, malgré la guerre qu’en 1719la France eut à soutenir contre l’Espagne , malgré la rébellion de quelques no-bles de la Bretagne , la régence du duc d’Orléans, si on la compare à celles desminorités de Louis XIII et de Louis XIV , fut très-calme. La cause de cette diffé-rence ne peut être attribuée qu’aux progrès des lumières et au changementheureux opéré dans le caractère des nobles, dont l’esprit de révolte fut sévère-ment contenu pendant le long règne de ce dernier roi, qui ne leur laissa quede vains titres, l’exercice restreint de leurs droits seigneuriaux sur le peupledes campagnes, et leurs habitudes de courtisans.
Cependant Louis XV , faible enfant et d’une santé débile, faisait craindre auxFrançais et espérer à quelques intrigants de cour sa mort prochaine. L’événe-ment trompa ces craintes et ces espérances : il acquit, par l’exercice, une santérobuste; mais son instruction fut très-imparfaite. Le 11 juin 1726, Louis XV , quiavait à peine seize ans, déclara qu’il voulait gouverner par lui-même; toutefoisce n’était qu’un prétexte pour congédier le duc de Bourbon, premier ministre,qui fut depuis exilé ; et l’on nomma à sa place le précepteur de ce roi, ancienévêque de Fréjus , depuis nommé cardinal de Fleury. Il fut créé principal mi-nistre; et, quoique âgé de soixante-treize ans, il prit les rênes de l’État et legouverna pendant dix-sept ans avec assez de succès.
Le règne de Louis XV , souillé par des persécutions, par des débauches, parun espionnage excessif, par une frivolité ridicule, fut aussi illustré par deshommes de génie, par des découvertes dans les arts et dans les sciences. Il futégalement signalé par les scènes horribles des convulsions, par les dissensions,connues sous le nom de billets de confession, par l’assassinat du roi et par l’ex-pulsion des jésuites. — Louis XV , dans sa jeunesse, donnait aux Français detlatteuses espérances : des mœurs douces et régulières, quelques actes d’hu -manité, lui acquirent l’amour de ses sujets; mais ce prince timide et d’un faiblecaractère, ne put longtemps résister aux séductions des courtisans : il en futla victime; la débauche devint chez lui une habitude. Des seigneurs de la cour,craignant que ce roi ne renonçât à ses désordres, ne rougirent pas de partageravec des valets, et de remplir avec empressement, auprès de ce prince, le plusvil des emplois.
Leroi céda, pour ainsi dire, le gouvernement de la France à une de ses maî-tresses, Antoinette Boisson, qui devint marquise de Pompadour , et qui, pendantdix-huit ans, depuis 1745 jusqu’en 1764, époque de sa mort, fut l’arbitre desdestinées de la France . A beaucoup d’amabilité elle joignait de l’esprit et destalents; mais elle gouverna en femme, et en femme sans cesse agitée par la peurde voir s’évanouir son influence sur l’esprit du roi. Cette peur lui lit commettre