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HISTOIRE DE l'A R 1S
des fautes graves. Elle confia à ses seuls partisans des emplois importants dontils s’acquittèrent mal. Elle persécuta, avec un acharnement tout féminin, desennemis peu redoutables qu’elle aurait pu s’attacher par des bienfaits. Les pri-sons en furent remplies; et la police, pour calmer ses frayeurs, devint plus quejamais active et cruelle.
Aux transports de la joie la plus vive, la plus sincère, que les Parisiens firentéclater lors de la convalescence de Louis XV à Metz , et qui lui valut le titrede bien-aimé, succédèrent, dès que les dérèglements de ce roi furent publics,le mécontentement et les plaintes : un jour qu’il se rendait à l’Opéra, au lieud’acclamations flatteuses, il ne recueillit qu’un morne silence. Louis XV neprofita point de cette leçon, mais en fut vivement affecté : il resta longtempssans aller à Paris . Lorsqu’il y reparut, quelques années après, il fut salué parces cris multipliés : du pain! du pain! La disette tourmentait les Parisiens , quisavaient que ce roi faisait le commerce des grains et contribuait à leur cherté.
Les courtisans éloignaient de Louis XV tout ce qui aurait pu le ramener à lavertu, et réveiller en lui des sentiments de bienfaisance; ils firent, dans untemps de disette, enlever du château de Choisy un tableau qui représentait unempereur romain distribuant du pain aux pauvres. Ils craignaient que le roine fût tenté d’imiter ce bon exemple. La tranquillité de Louis XV n’était pasentière. Ses opinions religieuses, auxquelles il tenait de bonne foi, luttaient sanscesse avec ses déréglements condamnés par la religion. Ces deux affectionsennemies le troublèrent pendant quelque temps; mais il parvint à les accorder.
La nature avait doué ce prince d’un esprit assez pénétrant. « Personne, dans« tout son conseil, lit-on dans les Mémoires du duc d’Aiguillon, n’avoit le coup•> d’œil plus sûr, ne parloit mieux et en moins de mots, ne formoit et ne réunis-» soit un avis avec plus de sagacité et de précision que le roi. » Mais ces qualitésprécieuses furent altérées par l’abus des jouissances, abus qui fit aussi évanouirtout ce qu’il possédait de sensibilité. Il considéra d’un œil sec le convoi funèbrede sa favorite, la marquise de Pompadour .
A cette maîtresse succéda la Du-barri, qui acheva d’avilir la cour de Louis XV .Cette cour était peuplée de ministres, de courtisans corrompus et sans pudeur;ils portèrent le roi à un acte de tyrannie que Louis XIV , tout despote qu’il était,n’aurait pas osé entreprendre : ils lui firent dissoudre les parlements dontl’autorité présentait l’unique barrière élevée entre les sujets et la tyrannie mi-nistérielle. Cette révolution étrange s’opéra dans les années 1770 et 1771. Lesparlements furent remplacés par des conseils supérieurs, dont les membresserviles devinrent l’objet du mépris général.
Louis XV possédait de grands avantages extérieurs : un beau caractère detête et une stature élégante et noble. Faible et languissant dans son jeune âge,il acquit la force du corps par les fréquents exercices de la chasse : sa santédevint vigoureuse. Ses débauches portèrent plus, d’atteintes à son moral qu’àson physique : il en était insatiable ; mais une de ces jeunes filles dont il peu-plait son sérail, portant dans son sang le germe de la petite-vérole, communi-qua cette maladie au roi, qui mourut le 10 mai 1774.