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HISTOIRE DE PARIS
Villeneuve-le-Roi. Alexandre Darnaud, ex-oratorien, figura sur la scène desconvulsions, et dans le même temps se fit passer pour le prophète Énoch . Legouvernement usa de son remède ordinaire, et fit enfermer ce nouveau pro-phète à la Bastille. Les sectes des vaillantistes ou éliséens étant éteintes, on envit naître de nouvelles.
Un frère Augustin fut aussi chef de convulsionnaires. Il forma une secte sépa-rée et méprisée des autres; les]augustiniens, enthousiastes outrés, exécutaientdes processions nocturnes, et, la corde au cou, la torche au poing, allaient de-vant l’église Notre Dame faire amende honorable ; puis se rendaient sur la placede Grève, et bénissaient la terre de cette place, sur laquelle ils avaient la crainteou l’espoir d’être exécutés à mort. Ces sectaires, pour le soutien de leurs opi-nions, étaient, dit-on, déterminés, les femmes à sacrifier leur honneur par laprostitution, et les hommes leur existence par le martyre.
Un autre chef de convulsionnaires se présente sur la scène; c’est l’abbé Bé-cheran; il a le double avantage de diriger l 'œuvre des convulsions, et d’enéprouver lui-même d'assez remarquables. Cet abbé était secouru dans la crisepar une femme appelée Magnan; car les convulsionnaires avaient leurs secou-ristes, comme je le dirai bientôt. Cette femme fut, en 1731, renfermée à laBastille , et, dans le même temps, la prison de Saint-Lazare reçut l’abbé Béche-ran, qui en sortit au bout de trois mois.
Aux vnill/inlistes et aux auguüiniens dont j’ai parlé il faut joindre d’autressectes. Les mélangistcs se composaient de ceux qui distinguaient dans les con-vulsions deux causes qui produisaient, l’une des actes inutiles, puérils ou indé-cents; l’autre des actes divins ou surnaturels. Voici comment un des chefs de ceparti développe son opinion. « J’ai vu, dit-il, dans les convulsions une multi-» tude de circonstances qui paroissoient puériles, vaines, insipides ; il y eu» avoit de rebutantes, de choquantes, d’autres pénibles. Au milieu de tout cela» se montroient, la plupart du temps, des choses édifiantes, grandes, lou-» chantes, inimitables, des représentations des mystères de Jésus-Christ et des■> souffrances des martyrs, des gémissements sur les maux de l’Église, sur l’hu-» milialion de la vérité, etc. •>
Les discernants étaient les voyants, les prophètes du parti, et débitaient, dansl’accès de leur délire, des paroles dépourvues de sens. — Les figuristes étaientdes personnes qui, pendant leurs convulsions, représentaient les différentesscènes de la Passion de Noire-Seigneur ou du martyre des saints.— J_.es secou-ristes , espèce de frères servants, administraient aux convulsionnaires en scèneles petits et les grands secours. —Les petits secours consistaient, lors de l'agi-tation des convulsionnaires, à prévenir leur chute, les dangers auxquels lesexposaient leurs mouvements violents, et à ranger leurs vêtements très-souventen désordre.—Les grands secours ou secours meurtriers s’administraient en frap-pant rudement les convulsionnaires, en les foulant aux pieds, en les martyrisant,etc. Tels étaient les chefs, les fonctions des convulsionnaires, et les sectes quiles ont divisés.
Le gouvernement ruinait, exilait, exposait au carcan, et plongeait pendantde longues années dans des prisons et des cachots ces malades d’esprit et de