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corps, il les réduisait au désespoir, et exaltait leur âme au point qu’à l’exem-ple des premiers chrétiens et des protestants du seizième siècle ils bravaientleurs persécuteurs et les supplices. Le remède à un tel mal était l’indifférenceet le ridicule.
Depuis le mois de mai 1727, époque de la mort de Paris , jusqu’au moisd’août 1731, les exercices du cimetière de Saint-Médard éprouvèrent une pro-gression d’intérêt et de merveilles. D’abord il ne s’y était présenté que de jeunesfilles qui eurent de simples convulsions. On se bornait à prier ce bienheureux,à se coucher sur sa tombe, à recueillir soigneusement la terre qui l’environnait.
Au mois d’août 1731, les convulsions prirent un caractère nouveau, un ca-ractère d’atrocité qui ne s’y était pas encore fait remarquer. « Dieu changea» ses voies, dit un partisan de ces extravagances : il voulut, pour opérer la gué-» rison des malades, les faire passer par des douleurs très-vives et des convul-” sions extraordinaires et très-violentes. » Alors commença à être mis en usagece qu'on appelait, en langage convulsionnaire, les grands secours , les secoursmeurtriers; et le cimetière de Saint-Médard fut converti en lieu de supplice; lessecouristes devinrent des bourreaux, et aux crises d’une maladie réelle oufactice succédèrent les transports de la rage. Les jeunes filles convulsionnairesappelaient les coups, les mauvais traitements, et demandaient des supplicescomme un bienfait. Elles voulaient être battues, torturées, martyrisées. Il sem-blait que l’exaltation du cerveau avait produit une révolution totale dans leursensibilité : les douleurs les plus vives avaient pour elles les attraits de la vo-lupté.
Le gouvernement, instruit de ces scènes horribles, employa, suivant sa cou-tume, pour les faire cesser, des moyens de force, Par ordonnance du 27 jan-vier 1732, il prescrivit la clôture du cimetière de Saint-Médard, fit placer à laporte des gardes chargés de repousser la foule. L’archevêque de Paris , Vinti-mille, interdit le culte du diacre Pàris , et plusieurs convulsionnaires furentemprisonnés. Ce théâtre des convulsions étant fermé, il s’en établit plusieursautres à Paris , dans des maisons particulières, dans les environs de cette villeet dans plusieurs provinces de France ; grâce aux persécutions, ce mal conta-gieux se propagea. Alors, au lieu des réunions publiques, il s’en forma de se-crètes. Le nombre des convulsionnaires s’accrut, leurs exercices acquirent unnouveau degré de cruauté, et il s’y mêla beaucoup de désordres. Le gouverne-ment, par ordonnance de mars 1733, défendit à toutes personnes atteintes deconvulsions, de se donner en spectacle, de faire des assemblées dans deschambres et dans des maisons particulières, et aux non-convulsionnaires d’yassister. Par cette ordonnance on pouvait atteindre les personnes, leurs pro-priétés; mais on n’atteignait ni les opinions ni les maladies.
La persécution fortifia même encore longtemps cette déplorable secte. Lelieutenant de police Hérault , homme violent, irréfléchi, et agent formidable desjésuites, prenait, pour anéantir cette secte, des moyens qui la faisaient prospé-rer. Ses perquisitions portaient la terreur dans toutes les familles ; ses nombreuxa gents pénétraient, même pendant la nuit, dans l’asile des citoyens, enfon-çaient les portes, ne respectaient ni âge, ni sexe, pour découvrir les fauteurs