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SOUS LOUIS XV .n’exhibaient point le billet exigé. Le parlement intervint dans ces affaires, etdès lors s’engagea une lutte violente entre le clergé jésuitique et la magis-trature.
Le 18 avril 1752, le parlement rendit un arrêt, en forme de réglement, qui dé-fendait aux ecclésiastiques de refuser aux fidèles les sacrements sous prétexte dudéfaut de billet de confession et de non acceptation de la bulle Unigenitus. Cetarrêt, quoique le parlement en poursuivît l’exécution avec rigueur, fut sans effet.Les prélats, partisans des jésuites, soutenaient que le parlement n’avait pas ledroit, de s’immiscer dans cette affaire. Le ministère cherchait à tempérer l’ex-trême irritation des deux partis, et n’employait que des moyens impuissants. Deslettres patentes du 22 février 1753, en ordonnant au parlement de surseoir àtoutes poursuites sur cette matière, devinrent un nouvel aliment de discorde. Cetribunal refuse d’enregistrer ces lettres, et annonce qu’il fera des remontrances.Le roi déclare qu’il ne les entendra pas; et le 5 mai suivant, il donne de nou-velles lettres en forme de jussion, prescrivant l’enregistrement. Le parlementarrête, le 7 du même mois, qu’il ne peut , sans manquer à son devoir et à sonserment , obtempérer auxdites lettres en forme de jussion. Le 9 mai, le parlementest exilé ; quelques-uns de ses membres sont emprisonnés ; et le 9 novembre sui-vant, le roi crée une chambre royale de justice pour remplacer le parlement ;elle fut installée le 13 suivant dans le couvent des Grands-Augustins .
Après plusieurs démarches, le parlement, par une déclaration du roi du2 septembre 1754, fut rappelé à ses fonctions; on annula toutes les procédurescommencées, on imposa un silence absolu sur les matières de religion, et le par-lement fut chargé d’y tenir la main. Cet accommodement ne contentait pas leclergé jésuitique. Le roi manda près de lui ses principaux membres, et leur dit :de vous défends toute réponse à ce que je vais vous dire. Je veux la paix et la tran-quillité dans mon royaume. Je vous ai imposé silence, ceux qui y contreviendrontseront punis suivant les lois. Ces ordres laissaient toujours subsister la cause desdissensions: les jésuites en furent irrités. Les prêtres, qui leur étaient dévoués,continuèrent à troubler les consciences, et le parlement continua à réprimer leurzèle turbulent.
Des prédicateurs déclamaient publiquement contre les actes et les principesdu parlement. Le feu de la discorde faisait des progrès alarmants pour la tran-quillité publique. Le roi alors, par une déclaration du 10 décembre 1755, re-commande à tous ses sujets « d’avoir pour la constitution (la bulle Unigenitus)* le respect et la soumission qui lui sont dus, sans néanmoins qu’on puisse lui» attribuer la dénomination, le caractère et les effets de règle de foi. » Il pres-crit de nouveau le silence sur cette matière, renvoie aux juges ecclésiastiquesla connaissance des refus des sacrements, permet cependant aux magistratsde punir les auteurs de ce refus, et accorde une amnistie générale pour lepassé. Cette déclaration, comme on s’en doute, ne satisfit aucun des partis. Le roi,qui craignait moins d’offenser le parlement que les jésuites, vint au Palais troisjours après, et y tint un lit de justice. Il fit d’abord enregistrer la déclarationprécédente, puis une seconde sur la police du parlement, enfin un édit portantsuppression de chambres du parlement et des présidents des enquêtes. Plu-
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