sieurs membres de cette cour donnèrent volontiers leur démission. Ce lit dejustice répandit la consternation, ne contenta personne et ne remédia point aumal.
Les jésuites n’avaient pas obtenu ce qu’ils demandaient; ils murmurèrentcontre le roi, et formèrent sourdement une sainte ligue dans laquelle ils obli-geaient leurs pénitents de s’enrôler. — Les prêtres, leurs partisans, conti-nuèrent à refuser les sacrements aux malades dépourvus de billets de confes-sion.
Au milieu de ces débats survint un événement d’une haute gravité. Le 5 jan-vier 1757, sur les six heures du soir, Louis XV , montant en carrosse et partant deVersailles pour aller souper à Trianon, se sentant frappé, s’écria : On m’a donnéun furieux coup de poing. Puis, passant sa main sous sa veste, et l’ayant retiréeensanglantée, il dit : Je suis blessé; alors apercevant un individu qui gardait sonchapeau sur la tête, il ajoute : C’est cet homme-là qui m’a frappé, qu'on l’arrête,mais qu’on ne le tue pas. L’assassin est arrêté. Le roi remonte dans ses apparte-ments ; il est saigné deux fois dans la soirée. Les chirurgiens reconnaissent quela blessure n’est pas dangereuse. Le coup de couteau, dirigé de bas en haut,n’avait pénétré dans les chairs que d’environ quatre travers de doigt.
Robert-François Damiens , auteur de ce crime, et qui, depuis plusieurs heu-res, s’était placé sur le passage de Louis XV . dans le dessein de le poignarder,fut aussitôt saisi par les valets de pied du roi, et conduit dans la salle des gardes.On trouva sur lui le couteau dont il s’était servi, couteau à deux lames, Tune deforme ordinaire, et l’autre semblable à celle d’un canif. C’est de cette dernière lameque l’assassin se servit. On trouva aussi sur lui trente-sept louis d’or, et quel-que argent blanc, et un livre intitulé : Instructions et prières chrétiennes. Ques-tionné , torturé horriblement dans la salle des gardes, il dit à plusieurs reprises :Qu’on prenne garde à monseigneur le dauphin. Pressé d’avouer ses complices, ildéclara qu’ils étaient bien loin, qu’on ne les trouverait plus; que s’il les déclarait,tout serait fini.
Le 18 février seulement, Damiens fut transféré à Paris . Il fut enfermé à laConciergerie et dans la tour de Montgommery , où avait autrefois été détenuRavaillac . Son procès fut instruit par une commission composée de conseillerset présidents du parlement, auxquels s’adjoignirent, pour le juger, des pairs deFrance . Il fut, comme chacun sait, condamné à mort et exécuté le 28 mars 1757,sans qu’on ait jamais pu pénétrer le mystère du crime dont le roi avait été vic-time. A vrai dire, on s’accorda généralement à en faire peser la responsabilitésur Tordre des jésuites.
Les jésuites, auteurs de la bulle Unigenitus, source de tant de troubles etviolemment soupçonnés d’avoir dirigé le poignard de Damiens ; les jésuites,trois ans après cet assassinat, virent leur domination déchoir. En 1761 leparlement en effet rendit un arrêt qui enjoignit aux jésuites de déposer augreffe un exemplaire imprimé des constitutions de leur société, notammentde l’édition publiée, en 1757, à Prague , et ordonna que ces constitutions se-raient examinées, et qu’il en serait fait un rapport. Ce rapport ne fut pas favo-rable aux jésuites. Le 6 août de la même année, un arrêt de cette cour or-