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HISTOIRE DE Ï»ÀRISles titres de Dame du palais et de marquise de Pompadour. Le cardinal de Fleuryétait mort depuis deux ans; ses successeurs n’inspiraient point la même véné-ration. Louis XV ne pouvait tenir les rênes de l’Etat; sa maîtresse s’en saisit, et,sous le nom de son amant, elle gouverna en souveraine, fut la dispensatricedes grâces et des emplois, l’arbitre de la paix et de la guerre. Elle était douéed’un esprit et de talents peu ordinaires; mais elle ne montra ni le jugement,ni l’énergie, ni la haute prévoyance nécessaires dans le rôle dont elle s’était im-prudemment chargée. Elle n’avait rien de ce qu’on exige dans un hommed'État ; mais elle possédait toutes les qualités convenables à la maîtresse d’unroi faible. Elle le consolait dans ses chagrins, cherchait tous les moyens pro-pres à éloigner de lui ce grand ennemi des hommes rassasiés, l’ennui, qui, tou-jours repoussé, revient toujours vers celui qui le repousse. Elle ne contrariajamais les goûts du roi pour ses jouissances nouvelles; elle les favorisait,souvent en était la confidente, et quelquefois la complice. La délicatesse, laconstance, la jalousie, étaient des affections étrangères au sentiment qui lesunissait. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient se détacher, la marquise du pouvoirdont elle avait goûté, et le roi de l’habitude de varier ses jouissances, enchangeant fréquemment l’objet de ses caresses. L’imagination blasée de Louis XV le portait à chercher les jouissances dans le récit des jouissances des autres.On présentait au roi divers rapports, les uns chaque matin, les autres chaquedimanche.
Le secret des lettres était journellement violé à la poste. On décachetait habile-ment toutes celles dont les adresses faisaient soupçonner qu’elles contenaient l’ex-posé de quelques intrigues galantes ou politiques; on en faisait des extraits, et,après les avoir recachetées, on les renvoyait. L’intendant des postes venait tous lesdimanches offrir au roi la somme de ces infidélités hebdomadaires. Ces extraitspassaient quelquefois du roi aux ministres, qui, souvent, entraînés par le plaisir deconter des anecdotes scandaleuses, divulguaient le secret des familles. Ce ne futpoint, du reste, sous le règne de Louis XV que commença cet usage criminel ; il sepratiquait sous Louis XIV , et cest au ministre Louvois qu’est due l’invention decette insigne perfidie.
On faisait aussi au roi des rapports sur les mœurs des princes et seigneurs. Cesrapports étaient extrêmement nombreux; il en a passé sous mes yeux plus dequinze cents. Chacun d’eux était écrit sur un cahier in-4°, contenant une douzainede pages, et portant, pour la plupart, la signature du commissaire de police,Marais. Ces rapports contenaient des aventures galantes et scandaleuses, des anec-dotes sur les filles entretenues, actrices, danseuses, sur leurs fréquentes infidélités,leur passage rapide de l’opulence à la misère.
Le comte du Barry, par ses prodigalités envers les plus fameuses courtisanes,en comblant de richesses les Thévenet, les Morancé, les Dubois, etc., fit haus-ser le prix de leurs charmes. Sans lui, la belle et bête Duthé, que les richeslibertins de l’Angleterre se disputaient l’or à la main, n’aurait pas fait payer auvieux de Chà... un balai deux ou trois mille louis; sans lui, le baron d’O...n’aurait pas logé dans un hôtel magnifique la baronne de Burman, ne lui auraitpas donné onze plats d’argent et pour quinze cents francs de porcelaines, etc. :