234 Commentaire sur le livre
II y a des affaires criminelles , ou si imprévues,ou si,compliquées , ou accompagnées de circonstan-ces si bizarres , que la loi elle-même a été forcéedans plus d’un pays d’abandonner ces cas singuliersà la prudence des juges. ( 1 ) Mais s’il fe trouve eneffet une cause dans laquelle la loi permette de fairemourir un accusé qu’elle n’a pas condamné , il fetrouvera mille causes dans lesquelles Thumanité,plus forte que la loi, doit épargner la vie de ceuxque la loi elle-même a dévoués à la mort.
L’épée de la justice est entre nos mains ; maisnous devons plus souvent l’émouffer que la rendreplus tranchante. On la porte dans son fourneaudevant les rois , c’est pour nous avertir de la tirerrarement.
On a vu des juges qui aimaient à faire couler lesang ; tel était Jeffreys en Angleterre ; tel était enFrance un homme à qui l’on donna le surnom decoupe-tête. De tels hommes «'étaient pas nés pour lamagistrature ; la nature les fit pour être bourreaux.
( i ) Il y aura toujours beaucoup moins d’inconvénient à laiffer uncrime impuni qu’à condamner à une peine capitale fans y être autoritépar une loi expresse. On ôte à la punition le seul caractère qui puilsela rendre légitime, celui d’être infligée pour le crime , 8c non décernéecontre tel coupable en particulier. Une loi qui permet à un juge depunir de mort lui assure l’impunité s’il use de cette permission, maiselle ne le disculpe point du crime de meurtre. Comment d’ailleurs ima-giner qu’un crime grave soit tellement nuisible à la société quel’existenccdu coupable soit dangereuse , 8c que cependant ce crime puisseéchapper à un législateur attentif, qu'il soit difficile de le prévoir OUde le bien déterminer ?