2 6o Commentaire sur le livre
condamner le contumax , quand le crime n’est pasprouvé; ,8c la loi ne résout pas la difficulté.
Quand s accusé a pris la fuite, vous commencezpar saisir 8c annoter tous ses biens; vous n’attendezpas seulement que la procédure soit achevée. Vousn’avez encore aucune preuve ; vous ne savez pasencore s’il est innocent ou coupable, 8c vous com-mencez par lui faire des frais immenses !
C’est une peine, dites-vous, dont vous punissezsa désobéissance au décret de prise de corps. Maisl’extrême rigueur de votre pratique criminelle ne leforce-t-elle pas à cette désobéissance ?
Un homme est-il accusé d’un crime , vousl’enfermez d’abord dans un cachot affreux ; vous nelui permettez communication avec personne ; vousle chargez de fers , comme si vous l’aviez déjà jugécoupable. Les témoins qui déposent contre lui sontentendus secrètement. II ne les voit qu’un moment àla confrontation : avant d’entendre leurs dépositions,il doit alléguer les moyens de reproches qu’il acontr eux : il faut les circonstanciel' : il faut qu’ilnomme au même instant toutes les personnes quipeuvent appuyer ces moyens : il n’est plus admisaux reproches après la lecture des dépositions. S’ilmontre aux témoins , on qu’ils ont exagéré desfaits , ou qu’ils en ont omis d’autres, ou qu’ils sesont trompés fur des détails , la crainte du suppliceles fera persister dans leur parjure. Si des circons-tances que l’accusé aura énoncées dans son inter-rogatoire sont rapportées différemment par lestémoins, c’en fera assez à des juges, ou ignorans ,ou prévenus, pour condamner un innocent.