DES EpHEMERIDE S, 449
Je pris d’abord ce discours instructif pour unefroide raillerie. C’était pourtant la vérité pure.Quoi ! dis-je , j’aurai rassemblé des colons pourcultiver avec moi la terre, & je ne pourrai acheterlibrement du blé pour les nourrir eux Sc ma famille?Sc je ne pourrai en vendre à mon voisin quandj’enaurai de superflu? — Non , il faut que vous Sc votrevoisin creviez vos chevaux pour courir pendant sixlieues. —Ehdites-moi, je vous prie, j’ai des pommesde terre Sc des châtaignes, avec lesquelles on faitdu pain excellent pour ceux qui ont un bon estomac,ne puis-je pas en vendre à mon voisin fans que cecoupe-gorge dont vous m’avez parlé m’envoie auxgalères? — Oui.—Pourquoi, s’il vous plaît, cetteénorme différence entre mes châtaignes 8c mon blé?—Je n’en fais rien. L'est peut-être parce que lescharenfons mangent le blé Sc ne mangent point leschâtaignes. — Voilà une très-mauvaife raison.—Hé bien si vous en voulez une meilleure, c’est parceque le blé est d'une nécessité première, Sc que leschâtaignes ne font que d’une seconde nécessité. —Cette raison est encore plus mauvaise, Plus unedenrée est nécessaire , plus le commerce en doit êtrefacile. Si on vendait le feu Sc l’eau, il devrait êtrepermis de les importer Sc de les exporter d’un boutde la France à l’autre.—
Je vous ai dit les choses comme elles font, me ditenfin le greffier. Allez vous en plaindre au contrôleur-général, c’est un homme d’églife 8c un jurisconsulte ;il connaît les lois divines Sc les lois humaines, vousaurez double satisfaction.
Je n’en eus point. Mais j’appris qu’un ministre
Politique b Légijl. Tom, T. F f