45o Diatribe a l’auteur
d’Etat, qui n’était ni conseiller ni prêtre, venait defaire publier un édit par lequel, malgré les préjugésles plus sacrés , il était permis à tout Périgourdinde vendre 8c d’aclieter du blé en Auvergne, 8c toutChampenois pouvait manger du pain fait avec dublé de Picardie.
Je vis dans mon canton une douzaine de labou-reurs , mes frères, qui lisaient cet édit sous un deces tilleuls qu'on appelle chez nous un rosny, parceque RoJn)i duc de Sulli les avait plantés.
Comment donc ! disait un vieillard plein de sens,il y a soixante ans que je lis des édits ; ils nousdépouillaient presque tous de la liberté naturelleen style inintelligible ; 8c en voici un qui nous rendnotre liberté, 8c j’en entends tous les mots fanspeine ! voilà la première fois chez nous qu'un roia raisonné avec son peuple ; l’humanité tenait laplume 8c le roi a signé. Cela donne envie de vivre :je ne m’en souciais guère auparavant. Mais, surtout,que ce roi 8c son ministre vivent.
Cette rencontre, ces discours, cette joie répanduedans mon voisinage, réveillèrent en moi un extrêmedésir de voir ce roi 8c ce ministre. Ma passion sccommuniqua au bon vieillard qui venait de lirel’édit du IZ septembre sous le rosny.
Nous allions partir, lorsqu’un procureur-fiscald’une petite ville voisine nous arrêta tout court. 11fe mit à prouver que rien n’est plus dangereux quela liberté de fe nourrir comme on veut; que la loinaturelle ordonne à tous les hommes d’aller acheterleur pain à vingt lieues , 8c que si chaque famille