Ame. 199
avoué, avec Locke, que son entendement n’était pasexercé tous les momens du jour 8 c de la nuit, de mêmequ’il ne se servait pas à tout moment de ses bras 8 c deses jambes. Non-seulement l’ignorance de cour le per-sécuta , mais l’ignorance maligne de quelques préten-dus littérateurs se déchaîna contre le persécuté. Ce quin’avait produit en Angleterre que quelques disputesphilosophiques , produisit en France les plus lâchesatrocités ; un français fut la victime de Locke.
II y a eu toujours dans la fange de notre littératureplus d’un de ces misérables qui ont vendu leur plume ,& cabalé contre leurs bienfaiteurs même. Cette remar-que est bien étrangère à s article Ame; mais faudrait-ilperdre une occasion d’effrayer ceux qui se rendentindignes du nom d’homme de lettres ; qui prostituentle peu d’esprit & de conscience qu’ils ont à un vilintérêt, à une politique chimérique , qui trahissentleurs amis pour flatter des sots , qui broient en secretla ciguë’ dont l’ignorant puissant & méchant veutabreuver des citoyens utiles ?
Arriva-t-il jamais dans la véritable Rome qu’ondénonçât aux consuls un Lucrèce pour avoir mis envers le système d ’Epicure ? un Cicéron pour avoir écritplusieurs fois qu’après la mort on ne ressent aucunedouleur ? qu’on accusât un Pline , un Varron, d’avoireu des idées particulières fur la Divinité ? La libertéde penser fut illimitée chez les Romains. Les espritsdurs , jaloux 8 c rétrécis, qui se sont efforcés d’écraserparmi nous cette liberté , mère de nos connaissances ,& premier ressort de l’entendement humain, ont pré-texté des dangers chimériques. Ils n’ont pas songéque les Romains, qui poussaient cette liberté beaucoup
N 4