Ame. 203
voilà tout ce que nous en savons : il ne nous est donnéde connaître ni ce qui nous rend sentans 8c peníans,ni ce qui nous fait agir, ni ce qui nous fait être. Lafaculté agissante est aussi incompréhensible pour nousque la faculté pensante. La difficulté est moins deconcevoir comment ce corps de fange a des sentimens8c des idées, que de concevoir comment un être, quelqu’il soit, a des idées 8c des sentimens.
Voilà d’un côté l ame d 'Archimède, de l’autre celled’un imbécille ; font-elles de même nature? Si leuressence est de penser , elles pensent toujours , 8c indé-pendamment du corps qui ne peut agir fans elles. Sielles pensent par leur propre nature , l’espèce d’uneame qui ne peut faire une règle d’arithmétique sera-t-ellela même que celle qui a mesuré les cieux ? §i ce sontles organes du corps qui ont fait penser Archimède,pourquoi mon idiot mieux constitué qu 'Archimède , plusvigoureux, digérant mieux , fêlant mieux toutes sesfonctions, ne pense-t-il point ? C’est, dites-vous, quefa cervelle n’est pas si bonne. Mais vous le supposez ;vous n en savez rien. On n’a jamais trouvé de différencesentre les cervelles saines qu’on a disséquées ; il est mêmetrès-vraifemblable que le cervelet d’un sot sera en meil-leur état que celui d’ Archimède qui a fatigué prodigieu-sement , 8c qui pourrait être usé 8c raccourci.
Concluons donc ce que nous avons déjà conclu ,que nous sommes des ignorans fur tous les premiersprincipes. A l’égard des ignorans qui font les suffisans,ils font fort au-dessous des singes.
Disputez maintenant, colériques argumentans; pré-sentez des requêtes les uns contre les autres; dites desinjures , prononcez vos sentences, vous qui ne savezpas un mot de la question.