36 o Annales.
savantes, chez celles même qui ont le plus usé Scabusé de sart d’écrire , on peut compter toujours,du moins jusqu’à présent, quatre-vingt-dix-neuf par-ties du genre-humain fur cent qui ne savent pas cequi s’est passe chez elles au-delà de quatre géné-rations , Sc qui à peine connaissent le nom d’unbisaïeul. Presque tous les habitans des bourgs Sc desvillages font dans ce cas ; très-peu de familles ontdes titres de leurs possessions. Lorsqu il s’elève desprocès fur les limites d’un champ ou d’un pré , lejuge décide suivant le rapport des vieillards : le titreest la possession. Quelques grands événemens se trans-mettent des pères aux enfans ; 8c s’altèrent entièrementen passant de bouche en bouche ; ils n’ont pointd’autres annales.
Voyez tous les villages de notre Europe si policée,si éclairée, si remplie de bibliothèques immenses , 8cqui semble gémir aujourd’hui sous l’amas énormedes livres. Deux hommes tout au plus par village,l’un portant s autre , savent lire Sc écrire. La sociétén’y perd rien. Tous les travaux s’exécutent , onbâtit, on plante, on sème , on recueille comme onfesait dans les temps les plus reculés. Le laboureurn'a pas seulement le loisir de regretter qu’on ne luiait pas appris à consumer quelques heures de la jour-née dans la lecture. Cela prouve que le genre-humainn’avait pas besoin de monumens historiques pourcultiver les arts véritablement nécessaires à la vie.
II ne faut pas s’étonner que tant de peupladesmanquent d’annales , mais que trois ou quatre nationsen aient conservé qui remontent à cinq mille ans Ouenviron , après tant de révolutions qui ont bouleversé