394 Anthropophages.
les Brasiliens furent fort étonnés quand il leur fitentendre que les Européens ne mangeaient point leursprisonniers de guerre depuis long-temps.
Les Gascons 8c les Espagnols avaient commis autre-fois cette barbarie , à ce que rapporte Juvénal dans faquinzième satire. Lui-même fut témoin en Egypted’une pareille abomination sous le consulat de Jmius ;une querelle lurvint entre les habitans de Tintire Scceux d’Ombo ; on se battit ; 8c un Ombien étant tombéentre les mains des Tintiriens , ils le firent cuire,8c le mangèrent juíqu’aux os ; mais il ne dit pas quece fût un usage reçu. Au contraire , il en parle commed une fureur peu commune.
Le jésuite Charlevoix, que j'ai fort connu , 8c quiçtait un homme très-véridique , fait affez entendre ,dans son Hijloire du Canada , pays où il a vécu trenteannées , que tous les peuples de l’Amérique septen-trionale étaient anthropophages ; puisqu’il remarque,comme une chose fort extraordinaire, que les Acadiensne mangeaient point d’hommes en 1711.
Le jésuite Brebeuf raconte qu’en 1640, le premieriroquois qui fut converti, étant malheureusementivre d’eau-de-vie, fut pris par les hurons ennemisalors des iroquois. Le prisonnier baptisé par le pèreBrebeuf sous le nom de Joseph , fut condamné à lamort. On lui fit souffrir mille touvmens, qu’il soutinttoujours en chantant, selon la coutume du pays.On finit par lui couper un pied, une main 8c la tête,après quoi les Hurons mirent tous ses membres dansla chaudière, chacun en mangea, 8c on en offrit unmorceau au père Brebeuf. (c)
(c) Voyez la lettre de lirebtuf , Sc l'histoire de Charlevoix. Tome I,pages 327 8c suivantes.