38 PLACE DE L’H ()T EL - DE-VILLE.
louange pour les victimes, pas une seule imprécation contre les bourreaux !
La place de 1’IIôte 1-cle-Vilie perd chaque jour quelque chose de ce quianimait les traits de sa physionomie populaire.
Longtemps elle fut pour le peuple de Paris un lieu de rendez-vousauquel il rapportait toutes ses sensations. Tout le mouvement de la villelaborieuse s’y faisait sentir. La foule y venait chercher ses délassementschéris, sûre de trouver là les récréations qu’elle aimait le plus; sous lesrires de la multitude s’étalaient les plus joyeux spectacles; les bateleurs,et tous ceux qui remplissent de prodiges et de merveilles nos rues et nosplaces y établissaient leurs enchantements; plus d’une fois, ces réjouis-sances nomades étaient dispersées par les valets du bourreau qui plan-taient la potence et dressaient l’échafaud et le pilori. C’était sur la placede l’Hôtel-de-Ville que s’allumait le feu delà Saint-Jean, dont les flammeséclairaient les rondes populaires, et ne laissaient pas le loisir de penserà d’autres bûchers. C’était une cérémonie funeste pour les chats; on enapportait de tous les coins de Paris ; on les enfermait dans des sacs,avant de les lancer dans le bûcher; les liens qui les retenaient captifsétaient bientôt brisés, et les animaux suppliciés bondissaient alors avecfurie et avec des miaulements effroyables, au grand plaisir de la foulequi croyait pieusement brûler autant de sorciers qu’elle livrait de chatsaux flammes de la Saint-Jean. Aux bons jours, on accourait sur la placede l’IIôtel-de-Ville, pour savoir s’il était tombé d’en haut quelques lar-gesses dont il fallût se réjouir. La place de l’Hôtel-de-Ville, qui avait vutoutes les dissensions civiles, a vu aussi toutes les réconciliations.
Dans certains pays, il existe, pour désigner l’IIôtel-de-Yille, une déno-mination qui, selon nous, résume avec bonheur toutes les idées qui serattachent à cet édifice ; on l’appelle la maison commune.
Tous les souvenirs du travail et de l’industrie de Paris ont, à l’IIôtel-de-Yille, leurs papiers de famille.
C’est de là que partent chaque année nos jeunes soldats ; c’est de làqu’ils s’élancent avec des chants et des fanfares, heureux de ce qui cheztous les autres peuples est un sujet d’abattement et de douleur.
La place de lTIôtel-de-Yille est encore aujourd’hui le vaste caravansé-rail d’une grande partie de la classe laborieuse; toute la population desouvriers employés aux constructions s’y réunit; c’est là que se contractentles engagements auxquels Paris doit ses embellissements et ses construc-tions nouvelles; c’est le bazar de la main-d’œuvre qui édiüe. Faire grèveest une expression consacrée, pour peindre la situation d’un ouvrier sansouvrage. Ainsi, c’est sur cette même place, où il a si vaillamment conquistoutes ses libertés, que le peuple vient demander et chercher le travail.
C’est un sol qu’il ne peut fouler sans y retrouver une de ses vertus, lapatience on le courage. Elgèse Briffaelt.