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Tome premier.
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mélancolique excursion, bientôt nous le verrons arreté autour de laplace Maubert, par une rumeur toujours croissante et par les feux detorches toujours plus nombreuses. L’aspecI de la place, la scène qui s’yjoue, ce désordre nocturne, cette foule ameutée, le coassement de cepeuple sautelant, les lueurs de ces torches rouges se croisant et jouantsur ces masses ondoyantes, puis, au milieu de ce cercle remuant,des huissiers de justice sans chaperon , nu-pieds, tenant chacun unetorche ardente du poids de quatre livres, et demandant à tous pardon etmiséricorde. Toute cette scène lui produira sans doute l’effet, d’une mys-térieuse vision; mais au bruit sans cesse grandissant, à la lueur des tor-ches toujours plus ardentes, le sentiment de la réalité revenant à notrehéros, alors nous le verrons accoster, au milieu de ce mutin populaire,quelque belle ribaude de la rue Traversine ou quelque honnête gredin «lela rue d’Arras, et lui demander le mot de ce sabbat ténébreux.

Ribaude ou gredin, fille d’amour ou tireur de laine, voici en substance,ce que devra nécessairement répondre la créature de 1440 :

« Nicolas Aimery, maître en théologie, s’est réfugié, on ne sait potir-» quoi, dans l’église des Auguslins; or, les huissiers que vous voyez là,» ayant pour le quart-d’heure un pavé pour semelle, se sont avisés, mal-» gré la défense des Augustin», de violer \'asile, pour se saisir de maître» Nicolas. Mal leur en a pris, car les religieux ont de grands privilèges :» ils ont menacé le prévôt, et M. le prévôt de Paris , pour adoucir les Au-» gustins, a condamné les huissiers à l'amende-honorable dont vous et» moi, messire, nous régalons en ce moment. »

Cependant les torches s’éteignent, la foule se dissipe, la queue ducortège va bientôt disparaître derrière l’angle que forme sur la place legrand couvent, et sur cette place, agitée il y a un instant par une rauquemultitude et toute embrasée par de fantastiques lueurs, tout est redevenumorne et ténébreux. Seule, une vacillante lumière brille encore derrièrel’ogive étroite de la tourelle orientale des Carmes. Peut-être est-ce lalampe du moine érudit qui a si héraldiquement développé l’origine deson ordre? Mais que ce soit ou non cet illustre savant qui veille, l’histo-rien carme va néanmoins diriger ici notre plume.

Selon lui, son ordre descend en ligne directe du prophète Élie. C’esten raison de cette descendance, dit-il, que nous portons un manteausemblable à celui que ce prophète jeta du haut du ciel à son disciple Ely-sée. Ce point une fois constaté, l’auteur monacal range dans l’ordre desCarmes tous les prophètes successeurs d'Elie , tous les chefs de secte ettous les instituteurs de culte. Selon lui, Pvthagore fut un Carme très-célebre, et Zoroastre un Carme très-dévot. Les Druides de la Gaule étaient aussi des Carmes, et les Vestales de Rome n’étaient autres quedes Carmélites .