KIJ K .MO liF K ETA Itl).
■">27
Chose étonnante, soixante ans après, des lieux 'mêmes où s'étaientpassées ces scènes affligeantes de fanatisme religieux, partaient desbandes déchaînées qui allaient, vociférant, contre les ministres de cettemême religion. Oui, le lendemain du jour où les Marseillais, nuis secrè-tement par la faction liberticide vinrent annoncer à la barre que le jourde la colère du peuple était arrivé, ce lendemain, des hommes armés debâtons, de sabres, de piques et de poignards, descendaient en tumulte larue Mouffetard , pour aller demander au roi, qu’ils forcèrent à se couvrirdu bonnet rouge, le rappel des ministres et surtout la sanction du décretcontre les prêtres.
Puis, peu de temps après, le 2 septembre, à la nouvelle de l’entrée desPrussiens dans Longwv, les bandes qui avaient déjà inondé le Carrou-sel, remontèrent encore la rue et furent massacrer les pauvres détenusdes prisons. Le carnage dura cinq jours. La princesse de Lamballe eutla tête tranchée et son cadavre, livré à cette populace, fut flétri, mutiléet déshonoré par elle.
Etrange bizarrerie, le quartier Mouffetard , le point le plus ignorant etle plus misérable de Paris , se trouve justement enserré entre la scienceet l'industrie, ces deux sources de toute richesse et de toute lumière. Aunord la manufacture des Gobelins, au midi l’école Polytechnique ; labibliothèque Sainte-Geneviève et le collège Henri IV , déterminent, pourainsi dire, la frontière de ce quartier. Les écoles et la manufacture, cesglorieux foyers de la prospérité nationale, répandent à la fois, sur toutela France , les lumières qui la guident et les rayons qui la fertilisent.Mais de ces rayons, pas un seul ne colore les ruelles de Mouffetard . Lepeuple qui habite là, naît, végète et meurt dans sa livrée de misère.Ce peuple est vêtu grossièrement, et cependant il use sa vie à tisserles plus merveilleux tissus.— Allez aux Gobelins, et vous le voyezimiter, avec la plus grande vérité, les plus difficiles chefs-d’œuvre de lapeinture. Par des procédés ingénieux, vous le verrez reproduire, avec unart admirable, non-seulement toute l'illusion de la perspective et toutela correction du dessin, mais encore des Ions si fins, si brillants et sichaleureux, qu'ils rappellent par fois au connaisseur les tableaux lesplus éclatants des maîtres de Venise . .
Puis, entre les écoles et les Gobelins, entre le luxe et la science, vousavez alors les véritables monuments du peuple: la prison et. l'hôpital.D’un côté, c’est l’hospice de la Pitié, d’abord créé pour les indigents quefaisaient les guerres civiles du temps de la régence de Marie de Médicis ;de l’autre, c’est la Bourbe, où vont accoucher les pauvres malheureusesque la prostitution ou le besoin force à y chercher un abri. —Enfin,comme pour engager cette population à la pratique des vertus sociales,voyez se dresser, au fond de cette étroite ruelle, les portes menaçantes et