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nom, et ilo rue Vivien qu'elle était autrefois, elle s’est, faite rue. Vivienne.
En prenant une si grave résolution, cette aimable rue faisait preuved’esprit; elle avait bien vile deviné que, dans la ville où Dieu l’avait faitnaître, c’était du côté de la robe que se trouvait la toute-puissance.
Maintenant il faut se soumettre à tous les caprices de cette rue, quiest bien une rue des plus coqnettes qui soient au monde. Entreprendrede lui faire changer de goût, ce serait tenter l’impossible; on réussiraitplutôt à persuadera une jolie veuve d’entrer en religion. La rue Viviennes'est créé un royaume où elle régne et gouverne de la plus despotiquefaçon qu’il se puisse imaginer : ce royaume est l’empire aérien desmodes; elle ne souffre point de rivale, et sa chaussée est un lit de l'ro-custe où toutes les créations du goût viennent se plier au bon plaisir desa fantaisie.
La rue Vivienne était prédestinée à cette royauté qu’elle rendraitimpérissable, si quelque chose pouvait ne jamais périr; au temps de sonenfance, quand ses maisons, mal alignées et médiocrement belles, n’of-fraient encore que les premiers rudiments d’une rue, elle avait déjà ungoût très vif pour les chiffons et les rubans, comme ces petites filles qu’onvoit jouer avec des bouts de dentelles dérobées aux corbeilles de leursgrands-mamans; les colifichets lui faisaient tourner la tète; elle ne rêvaitque toilettes, et fort peu soucieuse de querelles politiques, tandis quela cour et le parlement, le prince de Condé et M. de Turennc, la grandeMademoiselle et Louis XIV , guerroyaient au temps de la Fronde, notrerue ne s’informait que des modes nouvelles et n’avait d’oreilles que pourles récits de belles fêtes. La ville pouvait se battre tout le jour, si la guerrel’amusait, il suffisait à la rue de se divertir un peu le soir. Elle ne savaitpas toujours qui l’emportait enfin, du spirituel coadjuteur ou du rusécardinal, mais elle savait, à coup sûr, où se donnait le plus joli bal delànuit prochaine, et la brillante coquette ne songeait plus qu’à tailler sondéguisement pour danser une sarabande.
Nous n’oserions prendre sur nous de dire qu’elle avait choisi la plusmauvaise part dans les allaires de ce monde : l’agréable et quelquefoisl’utile.
Déjà, bien avant la fastueuse régence, la rue Vivienne avait une galanteréputation que lui valaient ses airs de petite maîtresse ; elle était enquelque sorte la femme-de-chambre du Dalais-Royal ; mais une de cesfeinmes-de-chambre que Marivaux savait si bien esquisser avec sa plumedélicate et parfumée; délicieuses soubrettes, alertes et mignonnes,promptes à la réplique, lestes en affaires d’amour, et comprenant à demi-mot les choses les plus difficiles à comprendre, de ces Margols à minoischiffonné comme Tony-Johannot en dessine quelquefois.
Aussitôt qu’un magasin, pardon, je veux dire une boutique; en ce temps