iii k yiyienm;
10 !)
là il n'y avait, pas encore de magasins, mais en revanche il y avaitbeaucoup d’écliopes; aussitôt, dis-je, qu'une boutique était à louer dansla rue Yi.vienne, une gentille mercière venait y planter son aiguille commeun drapeau ; la mercière d’alors s’est transformée depuis en marchandede modes. Messieurs les cadets de familles, les roués de l'Œil-de-Ramf,les gentilshommes de la chambre du roi, ces mousquetaires et ses offi-ciers ne prenaient pas garde à la condition des femmes pour les adorer :en matière de galanterie le meilleur blason est un joli visage. Or, commela rue Yivienne n’admettait sur ses domaines que de jeunes et belles fiIles,je vous laisse à penser si elles étaient courtisées, à la grande colèredes belles dames qui avaient écussons et tabourets à la cour. Mais s’ilfaut en croire les médisances du temps, nous ne disons pas les calomnies, les belles dames se vengeaient un peu plus loin, un peu plus tôtou un peu plus tard ; le temps ne fait pas grand’ebose à l’affaire, et lesentiment n’v perdait rien.
Et puis ces boutiques étroites, obscures, voilées d’étoiles et de brode-ries, et dontune lampe indiscrète ne dissipait jamais le demi-jour, étaientfort propices aux rencontres imprévues, à ces merveilleux hasards quiforcent les gens à se trouver ensemble en l’absence des jaloux et des fâ-cheux , absolument comme s’ils se cherchaient ; grâce à la coquetterie,peut-être calculée, du clair obscur, si ' c mari venait â passer dansla rue, il se gardait bien de reconnaître sa femme dans celle qui mar-chandait des guipures au comptoir de la mercière, en compagnie d’ungentilhomme enrubanné.
C’étaient un peu là, du reste, les mœurs, la tournure, les petits avan-tages de toutes les rues voisines du Palais-Royal. Les petits hobereauximitaient un grand prince dans tout ce qu’il osait entreprendre ; les ruescontrefaisaient aussi le palais de monseigneur le régent, et se donnaientl’air débraillé, si fort à la mode, pendant la durée de son gouvernementamoureux. Mais plus adroite que ses sœurs dans le joli métier de lagalanterie, la rue Vivienne savait tirer des bénéfices de ses plaisirs, etquand elle mariait ses filles avec des procureurs au Châtelet, elle esti-mait, en comptant leurs dots en beaux louis d’or, que la fin devait êtrel’excuse des moyens.
Plus tard, seule entre toutes ses compagnes, elle garda les coutumesévaporées qui allaient si bien aux caprices de son caractère. Lorsque lequartier du Palais-Royal se prononça si vivement, à la suite de son maître,en faveur de la démocratie naissante, elle conserva une froide neutralité.La rue Yivienne ne pouvaitpardonnerà la révolution la fuite des plaisirs:volontiers elle aurait donné tous les Droits de l’homme pour une robe desatin, et immolé la liberté sur l’orchestre d'un liai, ou, mieux encore, surl’établi d’un atelier de couture.