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Tome second.
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il n'y avait, pas encore de magasins, mais en revanche il y avaitbeaucoup décliopes; aussitôt, dis-je, qu'une boutique était à louer dansla rue Yi.vienne, une gentille mercière venait y planter son aiguille commeun drapeau ; la mercière dalors sest transformée depuis en marchandede modes. Messieurs les cadets de familles, les roués de l'Œil-de-Ramf,les gentilshommes de la chambre du roi, ces mousquetaires et ses offi-ciers ne prenaient pas garde à la condition des femmes pour les adorer :en matière de galanterie le meilleur blason est un joli visage. Or, commela rue Yivienne nadmettait sur ses domaines que de jeunes et belles fiIles,je vous laisse à penser si elles étaient courtisées, à la grande colèredes belles dames qui avaient écussons et tabourets à la cour. Mais silfaut en croire les médisances du temps, nous ne disons pas les calomnies, les belles dames se vengeaient un peu plus loin, un peu plus tôtou un peu plus tard ; le temps ne fait pas grandebose à laffaire, et lesentiment nv perdait rien.

Et puis ces boutiques étroites, obscures, voilées détoiles et de brode-ries, et dontune lampe indiscrète ne dissipait jamais le demi-jour, étaientfort propices aux rencontres imprévues, à ces merveilleux hasards quiforcent les gens à se trouver ensemble en labsence des jaloux et des fâ-cheux , absolument comme sils se cherchaient ; grâce à la coquetterie,peut-être calculée, du clair obscur, si ' c mari venait â passer dansla rue, il se gardait bien de reconnaître sa femme dans celle qui mar-chandait des guipures au comptoir de la mercière, en compagnie dungentilhomme enrubanné.

Cétaient un peu, du reste, les mœurs, la tournure, les petits avan-tages de toutes les rues voisines du Palais-Royal. Les petits hobereauximitaient un grand prince dans tout ce quil osait entreprendre ; les ruescontrefaisaient aussi le palais de monseigneur le régent, et se donnaientlair débraillé, si fort à la mode, pendant la durée de son gouvernementamoureux. Mais plus adroite que ses sœurs dans le joli métier de lagalanterie, la rue Vivienne savait tirer des bénéfices de ses plaisirs, etquand elle mariait ses filles avec des procureurs au Châtelet, elle esti-mait, en comptant leurs dots en beaux louis dor, que la fin devait êtrelexcuse des moyens.

Plus tard, seule entre toutes ses compagnes, elle garda les coutumesévaporées qui allaient si bien aux caprices de son caractère. Lorsque lequartier du Palais-Royal se prononça si vivement, à la suite de son maître,en faveur de la démocratie naissante, elle conserva une froide neutralité.La rue Yivienne ne pouvaitpardonnerà la révolution la fuite des plaisirs:volontiers elle aurait donné tous les Droits de lhomme pour une robe desatin, et immolé la liberté sur lorchestre d'un liai, ou, mieux encore, surlétabli dun atelier de couture.