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HALLE AU BLE
dications, cil chassa les prêtres, en fit assassiner quelques-uns sur lesmarches mêmes de l’autel, et inspira aux Parisiens une si grande terreurque les maîtres de l'Université se barricadèrent dans leurs collèges, s’at-tendant de jour en jour à quelque effroyable massacre; par bonheur, cedébordement de barbares n’eut pas d’autres suites; un beau matin Jacobet les Pastoureaux s’en allèrent comme ils étaient venus, emportant seu-lement par distraction , sans doute, les vases sacrés, les ornements duculte et tout ce qu’ils trouvèrent de précieux à Saint-Eustache .
A vrai dire, la perte ne lut pas bien grande, car l’église était pauvre etmodeste. Ce fut seulement en 1532 que Jean de La Barre, prévôt et lieu-tenant du gouvernement de Paris , posa la première pierre de l’égliseactuelle ; plus d’un siècle s’écoula avant qu’elle fût achevée: c’est làce qui explique l’originalité de sa construction. L’aspect général de cetteœuvre est sévère et imposant, malgré l’opposition des deux genres d’ar-chitecture sarrasine et grecque qui s’y trouvent réunis. Cette église ap-partient par son style au genre dit gothique fleuri, et mérite d’être clas-sée parmi les plus curieux monuments de la transition; mais c’estl’intérieur surtout qu’il convient d’admirer; la voûte, dont l’élévation estprodigieuse, est soutenue par des faisceaux de eolonnettes qui montentavec une merveilleuse hardiesse; on dirait des fusées de granit, s’élan-çant du sol jusqu’au cintre, où elles éclatent en culs-de-lampes délica-tement sculptées, en fleurons et en gracieux pendentifs. Mais ce quel’on admire plus encore, ce que l’on admirera toujours comme un véri-table chef-d’œuvre, c’est le petit portail de la rue des Prouvaires, auquelil ne manque qu’un peu plus d’air et de jour pour disputer la palme auxplus riches sculptures de ce temps-là.
Sous ce portail festonné comme une dentelle, périt assassiné un pau-vre écolier qu’une vieille dévote fanatique traita publiquement de lu-thérien; ce seul mot fut son arrêt de mort, et ce mot était une calomnie.Les prédicateurs préparaient ainsi le drame sanglant de la Saint-Barthé-lemy; il ne pouvait en être autrement : Catherine de Médicis n’était-ellepas le premier marguillier de la paroisse Saint-Eustache !
L’Eglise se souvient de loin : Saint-Eustache n’a pas oublié que la con-frérie de Saint-André, instituée par les agents du duc de Bourgogne, s’estélancé de ses nefs pour voler au massacre de la faction d’Armagnac; ellese rappelle la date du 9 juin 1418, où chaque confrère, la tète couronnée deroses, commepour une fête, prêta sennentde fidélité au duc de Bourgogne.
C’était en effet le riant prologue d’une fête sanglante qui se donna troisjours après, et dans laquelle le comte d’Armagnac, connétable de France ,le chancelier de Marie et l’évêque de Coutances furent impitoyablementmassacrés. Guidés par maître Cappeluche, bourreau de Paris et favoridu duc, les meurtriers pénétrèrent dans les prisons, incendièrent celles