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Tome second.
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HUE ET ILE SAINT-LOUIS.

à la grande existence de l'hôtel Lambert, l'abandon et la solitude ontjeté sur lui la poétique majesté des ruines et du silence.

L’hôtel Lambert est le contemporain des plus vieilles maisons de l'ileSaint-Louis; il est né dans l’ombre, bien loin du soleil parisien , entrel’hôtel de l'incodan et l’hôtel de Bretonvilliers ; il est sorti des mains unpeu louches de l’architecte Leva», qui devait écraser un peu plus tard,sous le poids des pavillons de Flore et de Marsan, une des plus char-mantes et des plus délicates créations de la renaissance.

Une réflexion, trop souvent applicable aux édifices bâtis depuis cetteépoque, s’applique singulièrement à l’œuvre de l’architecte Levau ; encomparant les styles qui ont décoré tour-à-tour l’extérieur et l’intérieurde l’édifice, on croirait qu’il s’agit de la collaboration de deux hommesbien différents l’un de l’autre ; le premier n’est qu’un bourgeois, un mi-sérable tailleur de pierres, un simple artisan qui ne saitpasréaliserdansl’air une pensée de Vignolle, de Palladio ou de Michel-Ange ; le secondest un artiste audacieux, original, élève de son propre géniebien plus quedu génie de ses maîtres, et qui ne se souvient de l'école que pour cher-cher le beau dans une voie nouvelle; l’hôtel Lambert, d'une apparenceimparfaite au dehors, avait reçu au dedans toutes les merveilles d'uneadmirable fantaisie; l’on eût dit que Levau avait douté de ses juges... enplein vent.

Soyons juste, l’hôtel Lambert avait une porte-cochère assez remar-quable : elle était surmontée d’une guirlande en feuilles de chêne d'untravail et d'un goût tout-à-fait charmants.

L’hôtel Lambert-a perdu presque tous les tableaux que lui avait donnésl’admirable munificence de Lesueur ; il garde encore, avec un juste or-gueil, le plafond de sa galerie, peinttoutentierparle pinceau de Lebrun ;l’artiste favori du grand roi se surpassa lui-même dans cette magnifiquepeinture; à vrai dire, il s’agissait pour lui de lutter avec un rival redou-table , qui se nommait Eustache Lesueur , peintre de la reine-mère.

A cette époque, Lebrun n’était pas encore le premier peintre deLouis XIV , et il lui fallait conquérir un pareil titre à force de travail, àforce de talent; son œuvre de l’hôtel Lambert a trahi la secrète penséede son ambition ; de la science, des efforts, du bonheur, du goût, maispas de chaleur, point de cœur, aucune véritable inspiration, digne d’unaussi grand artiste que Lebrun.

Tout cela n’a pas empêché le peintre de Louis XIV d’avoir laissé tom-ber de sa palette, sous les lambris de l’hôtel Lambert, des fleurs qui ontl’air de se balancer sur leurs liges, de jeunes filles qui ont l’air de s’en-voler avec les amours, des riens charmants, de poétiques allégories (piiferaient adorer la plus vieille et la plus ennuyeuse mythologie de cemonde.