COMPOSIT. LITTÉR. DE FRÉDÉRIC. 89
à bien feindre qu’une profonde affliction : enjouant un tel rôle, le plus habile comédien dumonde ne doit être vu que de loin ; observé deprès, il n’est que grimacier: aussi y aura-t-iltoujours une distance infinie entre l’hommequi cherche à feindre une grande douleur,et celui qui ne pourra parvenir à la cacher !
Me dira-t-on que l’affliction de Frédéric apu être véritable en cette circonstance, sansque pour cela on doive reconnaître en lui
Eh bien ! que l’on oublie un instant tous les faits que cettenote réunit ; que l’on substitue à l’opinion de mon pèrecelle de l’homme qui, avec le plus de force, a attaqué toutce qui, dans la vie de Frédéric, lui a paru pouvoir i’etre,je veux dire de Mirabeau, et on le verra néanmoins ledéclarer l’homme le plus étonnant qui ait jamais porté unsceptre ; enfin, qu’on l’interroge sur la question de savoirsi Frédéric était sensible, Mirabeau répondra, né trèssensible , il dompta son penchant à Vémotion, h la douceur,à la facilité même, pareequ’il avait aperçu de combien d'é-cueils la sensibilité joncherait sa caiTière de maître et deroi.... Non, jamais, ajoute cet éloquent écrivain, le sonenchanteur de sa voix, jamais son imagination vive etflexible n’appartinrent à une âme insensible, et la duretéque notre faiblesse ose reprocher à ce grand homme estpeut - être un des plus beaux triomphes que le génie aitremportés sur la nature ! B on Thiebault.
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