96 ÉTUDES, OPINIONS,
Ce fut à cette seconde visite, au sujet du dis-cours sur Y amour-propre , que le roi voulutsavoir si je pensais comme lui, c’est-à-dire siY amour-propre me paraissait un principe suffi-sant pour fonder la morale et nous élever àtoutes les vertus privées ou sociales. La ques-tion n’était que philosophique, et cependantje fus embarrassé, car la thèse que le roi voulaitsoutenir me paraissait fausse. Je tâchai d’a-doucir le fond par les formes, mais elles n’al-lèrent pas jusqu’à dissimuler ma pensée. Je luidis donc que, dans un discours attribué au phi-losophe de Genève , sur le caractère essentielet fondamental de la vertu, j’avais vu que l’au-teur plaçait ce caractère dans le plus noble, leplus parfait et le plus pur désintéressement ;que j’avouais que cette doctrine m’avait paruvraie ; qu’il me serait difficile de faire descendrela vertu à un cran plus bas; et que, d’un autrecôté, je ne pouvais me figurer ce sublime etparfait désintéressement comme conciliableavec Y amour-propre : j’ajoutai qu’à la rigueuril était possible qu’à l’instant du péril, le che-valier d’Àssas, qu’il avait cité, se persuadât queson dévouement serait connu, publié et admiré,mais que l’on ne pouvait considérer comme