COMPOSIT. EITTÉR. DE FREDERIC. Il5
» borné et enfantin : on ne doit point le citer» quand on parle des grands hommes. » Borelly persista dans son opinion, qui sera toujoursjuste à nos yeux; mais qu’y gagna-t-il? Il nepersuada point, et il déplut. Ils eurent encore,dans la même séance, une autre contestationqui ne se termina pas plus heureusement quela première, mais dans laquelle il me parut queFrédéric avait moins de tort. Il s’agissait duchancelier d’Aguesseau, que Borelly mettaitau nombre de nos célèbres orateurs. «Personne,» reprit le roi, n’estime d’Aguesseau plus que«moi, comme homme respectable par ses«mœurs, comme magistrat, comme savant,» comme philosophe: il écrit parfaitement bien,»il est vraiment disert; mais il n’est point élo-« quent, et ne doit pas l’être. » Toute cette dis-pute, dans laquelle on ne s’entendit point, neprovenait que de ce qu’ils n’attachaient pas lamême idée au mot orateur; mot qui ne réveil-lait dans l’esprit de Frédéric que les idées dehaute éloquence, de style enflammé et sublime,et de grands mouvements oratoires ; tandisqu’aux yeux de Borelly , celui-là est grand ora-teur qui emploie les moyens les plus sûrs etles plus convenables pour persuader, couvain-,
s.